Marche ou crève

icone Debats
Par Romeo Mocafico
mercredi 2 octobre 2019
Marche ou crève
Crédit Romeo Mocafico
Crédit Romeo Mocafico

Le message est clair : les jeunes veulent de l’action. Près de 500 000 personnes en ont réclamé au gouvernement vendredi dans les rues de Montréal (page 8). Pourtant, cette apathie largement décriée semble avoir inspiré la jeunesse. Dans l’intention de vote du moins.

Derrière les slogans, les militants ne se déplacent pas en assez grand nombre aux bureaux de vote. Si dans les esprits des marcheurs l’heure est à l’urgence environnementale, la crise climatique n’a pas encore atteint les urnes. Les Québécois en ont fait l’amer constat en offrant la majorité en octobre dernier au parti s’en souciant le moins : la CAQ de François Legault, avec le pire programme environnemental parmi les candidats, a raflé 38,5 % des suffrages.

Les étudiants les plus engagés ont beau crier plus fort, marcher plus longtemps, leurs aînés sont toujours plus nombreux qu’eux lorsqu’il s’agit de voter. Ces derniers sont aussi ceux qui se soucient le moins de l’environnement. Le paradoxe est posé pour ces jeunes assoiffés de mesures à quelques jours des élections fédérales.

Ils seront un nombre important à pouvoir exercer leur droit de vote au Canada cet automne : 7 208 200 électeurs seront âgés de 18 à 34 ans lors du scrutin du 21 octobre 2019, et représenteront 26,5 % de l’électorat canadien.1 Une manne électorale pour qui voudra bien s’en emparer et certains ont déjà lancé l’opération séduction.

Question de timing

La venue de l’activiste écologiste suédoise Greta Thunberg peut faire trembler l’Organisation des Nations unies, cela n’effraie pas Justin Trudeau. Au risque de se faire chahuter pour ses récents choix politiques, le chef libéral s’est joint au cortège, armé de son sourire le plus écoresponsable. Ne serait-ce pas là une vaine tentative de greenwasher son blackface ?

Justin Trudeau devait se douter que l’environnement est l’une des deux principales motivations des jeunes de 18-21 ans pour s’engager en politique2, lorsqu’il a commencé à défendre son bilan climatique cette semaine. Avec des annonces de mesures pour la protection de l’environnement, le chef du Parti libéral donnerait tout pour se faire pardonner le rachat de l’oléoduc Trans Mountain, pour 4,5 milliards de dollars.

Quoi de mieux dans ce contexte que de surfer sur la vague verte qui a englouti Montréal la semaine dernière ? Le mouvement au départ étudiant submerge tous les pans de la société depuis l’appel à la grève de la jeune militante suédoise (page 8). Se réconcilier avec la rue permettrait au chef libéral d’asseoir son statut de leader des sondages, avec 34 % des intentions de vote3 à ce jour, malgré ses déroutes environnementales.

Feu vert

L’espoir n’est pas pour autant perdu, pour toi, jeune activiste en marche pour l’avenir. Le vote vert arrive en seconde position du même sondage (17 %) et la participation des jeunes de 18 à 24 a bondi de 18 points entre 2011 (39 %) et 2015 (57 %)4. À l’image de ce manifestant – visiblement non vegan – ayant accueilli Justin Trudeau à coup de lancés d’œufs lors de la marche, passe à l’action, mais aux urnes.

Marche, et vote.

1. Selon les calculs de l’Institut du nouveau monde, basés sur les chiffres d’Élections Canada.

2. Selon un sondage Ipsos-La Presse

3. Selon un sondage Léger mené pour Le Devoir

4. Selon les calculs de l’Institut du nouveau monde, basés sur les chiffres d’Élections Canada.