L’UdeM s’avoue… humaine

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Par Camille Dufétel
mercredi 28 octobre 2015
L’UdeM s’avoue… humaine

« Cyril se dit apolitique, aime les graines de citrouille rôties au four et la mécanique quantique, continuera à manger du bacon le dimanche même si c’est cancérigène, est complexé par ses dents. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Cyril est un être humain. Il semblait important de le rappeler ici, sur Facebook, au cas où vous pensiez qu’il était plutôt du style “robot de combat”. Le genre de gars qui collectionne les A + finit ses lectures à temps, et qui, le bougre, a une vie sociale. »

Au cas où vous n’auriez pas compris : nous sommes en 2015 et via un monde virtuel, on doit nous rappeler que les gens qui nous entourent dans le monde réel sont des humains. Comme nous. La fin du monde est-elle proche ?

Ce phénomène existe, il a été initié par le photographe derrière le blogue à succès Humans of New York, Brandon Stanton, qui partage les clichés de milliers de New Yorkais et raconte leur histoire. La démarche est reprise dans plusieurs villes et universités, et notamment ici à la Faculté de médecine. Deux étudiantes ont en effet lancé il y a quelques semaines la page « Les humains de la médecine – UdeM » (p. 8).

L’initiative est louable : elle vise à montrer qui sont les humains derrière les étudiants en médecine de l’UdeM, alors qu’un rapport de l’ombudsman, Pascale Descary, relève des problèmes de harcèlement et d’intimidation dans leur Faculté. L’objectif : montrer que les étudiants en médecine ne sont pas nécessairement des machines de guerre omnubilées par la compétition.

Génération « pressurisée »

Les raisons menant à ce type de projets sont toutefois inquiétantes. S’il faut rappeler à la face du monde que nos semblables ne sont pas parfaits, qu’ils ne se réveillent pas avec une mise en plis irréprochable, et que parfois, ils ont des coups de blues, cela signifie-t-il que l’on a oublié notre condition d’êtres profondément vulnérables ? L’Université est-elle devenue le refuge d’une armée de « wannabe » Hulk, et pas seulement pour l’Halloween ?

« Ceux qui croient n’avoir jamais commis d’erreur ont de graves problèmes de personnalité leur conférant une incroyable capacité de déni. Dans la réalité, personne n’est parfait et personne n’a jamais commis d’erreur ». Voici ce qu’indique le coroner Jean Brochu dans son rapport d’enquête relatif au suicide d’une résidente en médecine de l’UdeM en novembre 2014. Selon lui, « La personne intelligente et capable de relever les plus grands défis est parfois porteuse d’une personnalité perfectionniste et compulsive mais parfois aussi, plus ou moins réfractaire à l’évaluation d’autrui et à la critique. Inquiète des réactions possibles d’un professeur, elle peut être tentée de remédier à ses difficultés et de soulager son anxiété par des méthodes inefficaces, voire nocives ».

Le rapport note d’ailleurs que selon le directeur du Bureau d’aide aux étudiants et résidents, 20 % des résidents auraient démontré au fil du temps des signes de dépression et 74 % d’entre eux auraient démontré des signes d’épuisement professionnel. Voilà ce à quoi peut mener trop de perfectionnisme et de pression. Dans ces conditions, des initiatives à la Humans of… se justifient d’autant plus. N’oublions pas que nous avons le droit à l’erreur, et plutôt deux fois qu’une.

Et puis, parce que nous sommes des êtres imparfaits doués de sensibilité, soutenons-nous. Regardons si notre voisin d’amphi, qui avait l’air un peu triste ce matin, va bien. Dans une entrevue à Quartier Libre, le recteur de l’UdeM, Guy Breton, indique que les étudiants doivent contribuer à abattre les tabous relatifs à la détresse humaine et à la dépister chez leurs pairs.

Dans un contexte de restrictions budgétaires, M. Breton dit lui-même dit avoir besoin de l’aide des étudiants, afin de mettre en commun de bonnes idées pour l’Université (p.11). Entre humains, une proposition perfectible peut être améliorée grâce à différents regards. Se la jouer perso, tellement 2010! 

Être ambitieux, oui. Être carriériste au point de s’en rendre malade, stop. On peut toujours faire croire à notre employeur qu’on est virtuellement parfaits (p. 10), mais n’ayons aucun doute là-dessus : en entrevue, il décèlera quoiqu’il arrive nos petits points faibles.

L’admettre n’est pas s’avouer vaincu : c’est s’avouer humain, se connaître, faire avec ses limites, être heureux (et c’est charmant).