Les teutons ne tâtonnent plus

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Par Maxime Huard
mercredi 20 avril 2011
Les teutons ne tâtonnent plus

Face à la surabondance des marchés français, belge et américain, la BD allemande peine à s’imposer tant à l’international que sur son propre territoire. Longtemps jugée insignifiante par l’opinion publique, elle évoque surtout pour les Allemands un genre quelconque réservé à la jeunesse. Or, une poignée d’illustrateurs avant-gardistes rejoignent aujourd’hui un public plus large. Ils forment la « nouvelle vague » de la BD allemande, renversant peu à peu les barrières culturelles.

 

Le monde de la bande dessinée s’enthousiasme d’un grand renouveau du neuvième art dans la culture populaire allemande. Mine de rien, ce renouveau s’opère patiemment depuis maintenant une vingtaine d’années. La réunification des deux Allemagnes au tournant des années 1990 arrache la BD au domaine de la littérature jeunesse et du divertissement populaire pour lui donner une nouvelle forme de profondeur artistique.

Étonnamment, les grands artisans de ce changement émanent non pas de l’Allemagne de l’Ouest, mais bien de l’ex-RDA. En effet, au milieu des années 1990 s’impose une avant-garde formée à l’École des Beaux-Arts de Berlin-Est. La BD allemande change alors de vocation. Des pionniers tels que Anke Feuchtenberger et Georg Barber, dit Atak, mènent un mouvement largement inspiré de l’expressionnisme allemand du 19e siècle, prônant à la fois l’utilisation de nouveaux procédés (calligraphie, gravures sur bois, maquettisme) ainsi que le choix, peu répandu à l’époque, de sujets socio-politiques et adultes.

La reconnaissance internationale vient principalement, au cours de la dernière décennie, d’adaptations littéraires étrangères telles que la reprise d’Alice au pays des merveilles de Lewis Caroll par Barber ou celle, par Reinhard Kleist, d’une biographie du chanteur américain Johnny Cash.

Stimulés par ce nouvel intérêt, les héritiers de la première avant-garde parviennent maintenant à mettre de l’avant un style plus autobiographique ou, à l’inverse, un hybride des « comics » à l’américaine et des mangas japonais. S’il s’agit encore d’un succès plus artistique que commercial, Flix, Mawil, Isabel Kreitz ou Sascha Hömmer sont tous des auteurs contemporains en phase avec ce qui se fait de plus novateur à l’international.

Pour un survol de l’œuvre de treize artistes de la nouvelle BD allemande, le Goethe-Institut de Montréal présente jusqu’au 29 avril l’exposition Comics, Manga and Co. – The new culture of german comics, rare occasion de se plonger dans un univers encore assez peu accessible au Québec.