L’envie d’ailleurs

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Par Camille Dufétel
mercredi 9 décembre 2015
L'envie d'ailleurs

« Que pensez-vous de la récente affiliation de la FAÉCUM à l’UEQ? »

– La FAÉ… quoi? C’est un médicament? »

La réalité, la voici. La politique étudiante ne donne pas des papillons dans le ventre à tout le monde. Pendant que certains s’enflamment sur les revendications à défendre au sein d’un regroupement étudiant, d’autres ont autant d’intérêt pour le sujet que pour le prénom du nouveau-né de Kim Kardashian et Kanye West.

Sauf que ce nom-là, ils le connaissent. Avec la meilleure volonté du monde, impossible de manquer ça en ce début de semaine à moins d’être un moine tibétain ou un chasseur- cueilleur du Brésil. Pas besoin d’avoir « aimé » la page Clin d’oeil sur Facebook, les quotidiens nationaux se sont empressés de partager la grande nouvelle concernant le couple de stars.

Pendant ce temps, l’UEQ est toujours aux yeux de ces étudiants « sans doute une entreprise visée par la commission Charbonneau avant qu’elle ne rende son rapport… ou, plutôt l’unité anticorruption? Ah non, ça c’est l’UPAC… Bon alors l’Union éclectique des quadruplés, quelque chose dans le genre ».

Le 7 décembre dernier, Quartier Libre interrogeait une vingtaine d’étudiants dans les couloirs du pavillon 3200, rue Jean-Brillant. Vingt étudiants, l’échantillon est mince, me direz-vous. Mince comme le quorum de 10 % nécessaire pour représenter les 1 400 membres de l’Association des Étudiantes et Étudiants en Médecine de l’UdeM par exemple? Comme il n’est pas question de remettre en cause l’aspect démocratique des consultations en AG, prenons donc ces 20 étudiants au sérieux : pas conscients de l’existence de la FAÉCUM ; connaissent la FAÉCUM mais ne savaient pas pour l’affiliation ; sont au courant de l’affiliation mais manquent d’informations précises.

Y a-t-il eu un manque de communication dans le processus? Quoiqu’il en soit, on ne peut pas reprocher à la FAÉCUM de ne pas avoir consulté ses membres. En amont, un appel de mémoires pour la constitution du nouveau regroupement a été envoyé à tous les étudiants : 170 mémoires ont été reçus et pris en compte. La décision de s’affilier ou non à l’UEQ a ensuite été votée en congrès spécial après des consultations d’AG dans chaque association membre de la FAÉCUM.

Le mode de consultation, une autre histoire. La non-tenue d’un référendum alors que de nombreuses universités utilisent cet outil pour consulter leurs membres est questionnable (p. 4). Un référendum aurait permis de consulter tous les étudiants et dans une période plus large qu’une simple date d’AG. Mais il ne faut pas oublier non plus que le taux de participation du dernier référendum organisé par la FAÉCUM en 2013 a été de 20,75 % et que les taux de participation aux référendums organisés actuellement dans plusieurs universités québécoises n’est pas très élevé (le plus haut taux parmi les six référendums réalisés cet automne sur la question de l’affiliation a été de 18,96 %, voir p. 6).

En définitive, intéressés ou blasés par la politique, informés, non-informés ou sans avis, les étudiants paieront tous 4,50 $ de cotisation à compter de l’hiver 2016 pour faire vivre le regroupement national. Cela représente 2 $ de plus par session que lorsque la FAÉCUM était affiliée à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), qu’elle a laissée en plan fin mars dernier après 26 ans d’amour (et quelques déceptions sur la fin).

La petite nouvelle, l’Union étudiante du Québec, sera plus transparente, plus proche de ses étudiants, plus fortunée aussi : elle n’aura plus le même « vieux réflexe » de la FEUQ, celui de la stagnation de la cotisation, assure le secrétaire général de la FAÉCUM, Nicolas Lavallée. Car la cotisation de l’UEQ sera, elle, indexée. Nul besoin de passer par le processus « complexe » d’augmentation*!

Sur le plan philosophique, cela rappelle de bons vieux souvenirs de 2013, lorsque la FAÉCUM s’opposait à l’indexation des droits de scolarité et des frais afférents telle qu’annoncée par le gouvernement – et avait d’ailleurs demandé leur avis sur le sujet à ses membres par référendum. Nostalgie, quand tu nous tiens…

En passant également, saviez-vous qu’un autre regroupement étudiant national intitulé l’« AVEQ » a également été créé cette année? À l’UdeM, on a fait plutôt sans.

UEQ, alors. Le pari est lancé.

*Relire notre article : « Les dessous de la hausse » sur quartierlibre.ca