Le prix de l’action

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Par Romeo Mocafico
mercredi 16 octobre 2019
Le prix de l'action
Crédit photo : Romeo Mocafico
Crédit photo : Romeo Mocafico

Rassembler les plus grands scientifiques du monde pour alerter sur l’urgence climatique n’était pas assez. Marteler le bitume de slogans écologistes non plus. Les temps sont rudes pour ces militants de l’environnement qui peinent à convaincre de la nécessité d’agir maintenant. Face à cela, Extinction Rebellion adopte une autre stratégie : l’intervention directe est actée, et ses activistes bloquent des autoroutes pour crier que les mots ne suffisent plus. Mais même à ce jeu-là, la planète n’est pas sûre de gagner.

Certes, bloquer une ville entière dans un acte délibéré n’était pas un bon point de départ. Le groupe écologiste a cru marquer les esprits en mettant sa désobéissance civile au service d’une noble cause. La communication du groupe reste à revoir, car enivrer Montréal de particules fines n’a pas été bien perçu. Les cartouches ainsi offertes à leurs détracteurs, le mode d’action de ces militants a été largement critiqué.

L’action, justement, n’est-ce pas ce que les gens réclamaient au départ ?

En théorie seulement, car la semaine dernière a prouvé que lorsque certains grimpent des ponts, les autres grincent des dents.

Héros anonymes

L’Histoire a prouvé que toutes les grandes avancées se sont faites en désobéissant. Les revendications pour le droit de vote, pour l’accès à la démocratie, pour la condition des personnes racisées, toutes sont passées par l’affront de l’ordre établi. Comment alors critiquer Extinction Rebellion, qui dit œuvrer pour le bien commun ?

Le problème pourrait venir de la cause. Cette fois-ci, la lutte n’est ni sociale ni économique, mais climatique. La passion et l’intérêt personnel en moins, il s’avère plus complexe de convaincre les troupes face à un danger auquel chacun imagine pouvoir échapper. La population excédée de son retard du lundi matin semble avoir subitement oublié la nécessité d’agir. La défense de l’environnement nous concerne pourtant tous, à différentes échelles.

Les automobilistes ralentis ne sont pas uniquement les otages de ce « terrorisme écologique ». Critiqués pour profiter des faiblesses de la démocratie, les militants écologistes sont certainement nos héros de demain, qui osent s’élever quand les autres restent immobiles. Qui sait, c’est peut-être cette liberté d’action démocratique dont ils disposent qui nous sauvera. En attendant une future potentielle reconnaissance, Extinction Rebellion subit le coup de son engagement et de son acte.

Beaucoup d’enseignements peuvent être tirés de ce coup d’éclat. Le principal est clair pour moi : l’action a donc un coût, et trop peu nombreux sont ceux prêts à payer pour cette cause. Les chiffres en témoignent. Ils étaient 500 000 à marcher, ils sont 3 à agir, perchés sur le pont Jacques-Cartier.

La planète est à crédit. Combien sommes nous prêts à mettre ?