L’art accessible et gratuit

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Par Michelle Paquet
mercredi 29 janvier 2014
L’art accessible et gratuit
L'emprunteur est tenu de publier la photo de l'oeuvre sur les réseaux sociaux. (crédit photo : Adil Boukind)
L'emprunteur est tenu de publier la photo de l'oeuvre sur les réseaux sociaux. (crédit photo : Adil Boukind)

Remplacer son vieux poster de Bob Marley par l’œuvre d’un photographe professionnel ou sa toile Ikea par le tableau original d’un artiste local sans dépenser une fortune est maintenant possible.

Depuis le mois de novembre dernier, le programme Prêt d’art permet d’emprunter une œuvre d’art gratuitement pendant un an grâce à un contrat liant l’artiste et l’emprunteur.

Prêt d’art est l’initiative d’une artiste et diplômée en histoire de l’art de l’UdeM, Frédérique Marseille. «J’avais plein d’œuvres chez nous et je n’avais pas d’exposition en vue, mais je voulais que quelqu’un les ait plutôt qu’elles traînent dans mon placard, affirme la fondatrice. Je suis allée sur Facebook pour offrir mes toiles et en seulement une journée, j’ai eu 26 réponses.»

C’est ainsi que l’idée du programme est née. Frédérique Marseille a créé une plateforme web sur laquelle le public a accès à environ 40 œuvres pour l’emprunt. « L’idée, ce n’est pas de louer les œuvres, mais de les prêter gratuitement pour qu’elles aient le plus grand rayonnement possible », explique-t-elle. L’emprunteur et l’artiste sont liés par un contrat d’une durée d’un an assurant entre autres que si l’œuvre est endommagée ou perdue, l’emprunteur en paiera la valeur marchande.

L’artiste et l’emprunteur

Pour l’une des dix artistes participant présentement au programme Prêt d’art, Émilie Mercier, la visibilité que procure celui-ci est un de ses plus grands atouts. « Ça m’a permis de dépoussiérer des œuvres que j’avais et que personne n’aurait vues parce que je n’avais pas d’intérêt à exposer », confie l’artiste.

Selon les termes du contrat, l’emprunteur doit exposer l’œuvre qu’il emprunte et en publier la photo sur les réseaux sociaux afin de donner de la visibilité à l’artiste. «Comme c’est une galerie en ligne, j’ai toujours hâte de voir la photo publiée par l’emprunteur, confie-t-elle. C’est excitant de se demander où la toile se trouve, et si elle est mise en valeur.»

Le projet ne vise pas que les connaisseurs d’art, mais bien la population dans son ensemble. «Aujourd’hui, internet permet la démocratisation totale du goût, croit Frédérique Marseille. L’idée ici n’est pas de tuer le modèle qui existe déjà, mais d’en créer un autre pour permettre à un plus grand nombre de personnes de consommer de l’art.»

Le programme est avantageux pour les gens qui ne peuvent pas nécessairement se permettre d’acheter des œuvres, comme les étudiants. «Il n’y a plus de bonnes raisons de ne pas avoir d’art à la maison, c’est gratuit », se réjouit-elle. À ce jour, 30 œuvres ont déjà été empruntées.

L’art visuel présent sur les campus

Dans le milieu universitaire, l’Université Laval offre depuis plusieurs années la location d’œuvres de sa collection. Les étudiants peuvent faire une location d’une durée de quatre mois moyennant des frais de dix dollars. L’étudiante en traduction à l’Université Laval Carolane Lakatos dit connaître l’existence du programme, mais n’en a jamais profité. «Je louerais sûrement des œuvres d’art pour le plaisir, pour pouvoir changer de décor plus souvent, mais je dois considérer mon budget avant d’envisager d’utiliser ce service», affirme-t-elle.

À l’UdeM, un tel service n’existe pas. «L’Université n’a pas de collection spécifique pour le prêt, indique la directrice du Centre d’exposition de l’UdeM, Louise Grenier. Nous avons une collection patrimoniale qui est représentative de l’histoire du Québec en arts.» Elle soutient que les œuvres n’ont souvent pas la même valeur dépendamment du type de collection. «Une collection pour prêt est souvent constituée de pièces en multiples exemplaires. C’est pour ça qu’elles peuvent être prêtées, rappelle-t-elle. Par contre, nous pouvons mettre à disposition nos œuvres d’art à des institutions qui rencontrent les standards muséologiques de conservation et de sécurité.»

Frédérique Marseille aurait apprécié qu’une telle initiative soit lancée au sein de l’UdeM à l’époque où elle y étudiait. «Avoir connu ce système, je l’aurais grandement appuyé et suggéré à mes amis amateurs d’art», soutient-elle.

Plusieurs étudiants auraient un intérêt pour un programme semblable à celui de l’Université Laval. «Je serais intéressée parce que j’adore l’art, mais je n’ai pas les moyens d’acheter des œuvres », explique l’étudiante au doctorat en optométrie Jeanne Morency.

Pour d’autres étudiants, pouvoir côtoyer l’art pendant une longue période est l’un des attraits majeurs du prêt. «Admirer une œuvre d’art au quotidien peut permettre d’arriver à l’apprécier à sa juste valeur», croit l’étudiant en mathématiques et statistique à l’UdeM Pierre-Étienne Lavallée.

Pour l’instant, seul un nombre limité d’artistes peut offrir ses œuvres sur Prêt d’art, mais la fondatrice a d’autres ambitions pour son projet. « Le prêt d’art qui existe aujourd’hui n’est que la première phase, je suis encore l’intermédiaire entre l’artiste et le public et j’aimerais justement qu’il n’y ait plus besoin d’intermédiaire», dit-elle. Le 13 janvier dernier, Prêt d’art annonçait le lancement d’une plateforme web à partir de laquelle des artistes du monde entier pourront offrir leurs œuvres pour le printemps 2014.