L’approche patient-partenaire

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Par Laura-Maria Martinez
vendredi 24 février 2017
L’approche patient-partenaire
Patient-partenaire depuis 2012, Guillaume Dumais-Lévesque est également étudiant à la maîtrise en santé publique à l’UdeM. Crédit photo : Marie Isabelle Rochon.
Patient-partenaire depuis 2012, Guillaume Dumais-Lévesque est également étudiant à la maîtrise en santé publique à l’UdeM. Crédit photo : Marie Isabelle Rochon.
Une fois par an, les quelques 1 500 étudiants provenant des 14 disciplines des sciences de la santé de l’UdeM se retrouvent durant une journée pour le cours de Collaboration en sciences de la santé (CSS), organisé par la Direction collaboration et partenariat patient (DCPP). Une initiative novatrice qui combine l’expertise des professionnels de la santé avec celle des patients.

Des cours de médecine, de pharmacie ou encore de service social sont donnés par des duos patient-professionnel de la santé au cours de cette journée. Par groupes d’une dizaine, choisis aléatoirement parmi les 14 disciplines, les étudiants planchent sur un cas clinique. Le patient-partenaire, qui est un patient atteint d’une maladie chronique et qui est acteur de ses propres des soins, intervient dans les discussions des étudiants. L’objectif est de sensibiliser les futurs professionnels de la santé à l’importance d’intégrer le patient dans la mise en place du traitement qu’il devra suivre.

Atteinte de « multimaladies » dont le diabète insulinodépendant, Claudia Houle est l’une des patientes-partenaires qui animent le cours CSS. Elle apprécie particulièrement ce cours puisqu’il lui permet d’inculquer certains réflexes chez les étudiants dès le début de leur formation. « On ramène l’étudiant à ne pas oublier le patient, explique-t-elle. [On lui parle de] la différence entre subir son programme de traitement et le choisir. »

Un patient-partenaire atteint de la maladie de Crohn, Guillaume Dumais-Lévesque, parle de l’importance de discuter avec les étudiants du langage utilisé. Il évoque, par exemple, l’emploi du verbe « se négliger » pour parler d’une patiente qui n’a pas pris correctement sa médication. « Ce n’est pas forcément le fruit d’une négligence, explique M. Dumais-Lévesque, qui prend quotidiennement des médicaments. Il peut y avoir d’autres raisons, par exemple, des effets secondaires graves, une mauvaise explication, une prise de médicaments difficile parce qu’on oublie toujours la prise du midi. »

Changement de culture

L’étudiante en deuxième année de médecine Hoda Mustapha, qui a suivi le cours CSS, trouve que l’intervention des patients-partenaires est pertinente pour ne pas oublier l’humain derrière le patient. « Un patient, ce n’est pas juste une maladie, c’est une personne, une histoire, un vécu et quand on traite, il faut considérer tout ça, souligne-t-elle. C’est ce qu’on apprend en médecine, mais le cours CSS renforce cette idée. »

Bien que plusieurs étudiants trouvent les interventions des patients-partenaires opportunes, une partie d’entre eux n’en voient pas l’intérêt dans leur formation selon le conseiller pédagogique de la DCPP et responsable des évaluations de cours, Alexandre Berkesse. Également étudiant en médecine, Raphaël, se range à cette opinion. « Les patients-partenaires étaient surtout là pour dire à quel point ils avaient été mal traités [par les médecins], par exemple dans la manière dont ils ont reçu leurs diagnostics », précise-t-il.

Selon M. Berkesse, ces réponses plus négatives résulteraient de l’aspect « contre-culturel » du programme. Ce dernier voit cependant leur approche comme une nouvelle perspective face au traitement médical. « En médecine, reconnaître au patient qu’il a une expertise, ça veut dire que tu enlèves une partie de celle du médecin, c’est comme ça que le médecin le vit, admet-t-il. Mais nous, on lui dit : “C’est un terrain sur lequel tu ne peux même pas mettre les pieds parce que c’est celui de l’expertise de la vie avec la maladie. Tu ne peux pas savoir ce que c’est, tu ne vis pas avec”. »

Le choix d’intervenir à la Faculté de médecine a été stratégique selon M. Berkesse, qui a participé à la réforme du programme de médecine de l’UdeM entre 2010 et 2012. « Nous avions conscience que si nous ne contribuions pas à changer la vision des futurs médecins sur leur partenariat avec les patients, nous ne réussirions pas à changer le reste du système », mentionne-t-il.

Le 22 février 2017, les deux patients-partenaires, Guillaume et Claudia, sont intervenus auprès de 144 groupes d’étudiants du cours de la deuxième année de CSS. Pour Claudia, ces interventions sont importantes, car elles lui donnent l’espoir que, dans le futur, plus de patients pourront participer aux décisions qui les concernent et choisir le traitement qui leur convient le mieux.

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