Hochelaga avec un grand H

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mercredi 24 janvier 2018
Hochelaga avec un grand H
Hochelaga, terre des âmes a pris l'affiche le 19 janvier dernier. (Photo: Youtube.com | Films du Québec)
Hochelaga, terre des âmes a pris l'affiche le 19 janvier dernier. (Photo: Youtube.com | Films du Québec)
Hochelaga, terre des âmes n’est probablement pas la grande fresque historique que désirait Denis Coderre quand le film a été mis en chantier pour les célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Cela dit, le film respectueux et optimiste de François Girard a le mérite de nous rappeler pourquoi on aime la métropole.

D’entrée de jeu, il faut noter que c’est un film ambitieux. Racontant l’histoire de Montréal à travers les découvertes d’un étudiant au doctorat en archéologie, joué par Samian, et qui défend sa thèse dans un pavillon Roger-Gaudry toujours très cinématographique, le film effectue un survol assez conséquent tout en demeurant dans le registre de la petite histoire en raison du caractère relativement prosaïque des objets déterrés. Par ailleurs, outre le passage sur Jacques Cartier, le film ne se concentre pas du tout sur des personnages historiques.

Sur le fond, le film ne se repose pas sur des reconstitutions de grands moments historiques comme on aurait pu le croire, mais essentiellement sur des rencontres : la rencontre amoureuse entre une Algonquine et un Français, la rencontre de collaboration entre une vieille Anglaise et des patriotes, la rencontre amicale entre un doctorant mohawk et une veuve d’origine musulmane.

Voguant entre cinq moments historiques enchevêtrés à l’intrigue principale, le long métrage est probablement l’un des films les plus esthétiques qui sortiront cette année. La manière de filmer les moments de grâce et de violence qui ponctuent le film ne peut tout simplement pas laisser le spectateur de marbre. Visuellement, le film est somptueux et permet une immersion historique très intéressante malgré son scénario peu étoffé, plus proche de l’architecture d’un film à sketchs que de la fresque. Cela n’est pas une lacune en soi, mais dans ce cas précis, c’est probablement ce qui empêchera le film de marquer les esprits. Le tout est intéressant, mais il y manque de véritables scènes marquantes.

Cela est d’autant plus dommage puisque le film traite avec égards la présence des Premières nations. De mémoire d’homme, on en a rarement vu une représentation aussi respectueuse dans un espace de fiction. Tous les Mohawks et les Algonquins du film sont non seulement joués par des personnes issues des communautés autochtones, mais en plus, leurs personnages ne sont pas un ramassis de stéréotypes à la sauce américaine comme on en voit trop souvent. En fait, le plus gros cliché du film consiste à avoir affublé d’un chapeau d’Indiana Jones le personnage d’archéologue de Gilles Renaud… et ça fait plus sourire qu’autre chose.

En résumé, Hochelaga, terre des âmes n’est probablement pas le film-événement célébrant l’histoire de Montréal que certains auraient voulu qu’il soit. Il lui manque un scénario mémorable et a une tendance à être trop contemplatif. Cela dit, à une époque où l’histoire rend de plus en plus de gens cyniques et honteux, le film permet d’esquisser un sourire rassurant. En misant sur les liens humains, François Girard nous rappelle que, parfois, c’est la petite histoire que l’on devrait écrire avec un grand H.