Harcèlement et intimidation à la Faculté de médecine de l’UdeM : la doyenne réagit

icone Campus
Par Camille Dufétel
mercredi 9 septembre 2015
Harcèlement et intimidation à la Faculté de médecine de l’UdeM : la doyenne réagit
Le rapport de l’ombudsman a été émis notamment sur « toile de fond » de la demande d’intervention de la famille d’une résidente de l’UdeM, qui avait mis fin à ses jours en septembre 2011. Crédit photo: Camille Dufétel
Le rapport de l’ombudsman a été émis notamment sur « toile de fond » de la demande d’intervention de la famille d’une résidente de l’UdeM, qui avait mis fin à ses jours en septembre 2011. Crédit photo: Camille Dufétel
Alors que le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, François Blais, se dit « préoccupé par les problèmes de harcèlement et d’intimidation qui sévissent dans la Faculté de médecine de l’UdeM »*, la doyenne de la Faculté de médecine réagit auprès de Quartier Libre. Mme Hélène Boisjoly indique qu'une lettre ouverte sera prochainement publiée afin de répondre à la population, et qu'un plan d'action est en marche.
Je ne nie pas que l’intimidation et le harcèlement existent, c’est un phénomène qui existe.
Mme Hélène Boisjoly, doyenne de la Faculté de médecine de l'UdeM

Un article de La Presse intitulé « Harcèlement et intimidation à la Faculté de médecine de l’UdeM », publié le 4 septembre dernier, mentionne des extraits d’un rapport de l’ombudsman de l’UdeM, rapport qu’il qualifie de « dévastateur ». Ce dernier établit certains constats relatifs au soutien des résidents en difficulté, et émet des recommandations à l’attention du vice-décanat aux études médicales post-doctorales de la Faculté de médecine. Il est consultable en ligne, par tous. 

En entrevue avec Quartier Libre, Mme Boisjoly a indiqué qu’un plan d’action avait été remis à l’ombudsman début août.

Le rapport de l’ombudsman recommande notamment que les directeurs de programme évitent de cumuler les rôles de soutien pour les résidents en difficulté et d’évaluation de ces mêmes résidents. « C’est une recommandation que l’on reçoit très favorablement, assure Mme Boisjoly. Les directeurs de programme sont responsables d’un grand nombre de résidents, nous avons 1400 résidents. Il peut arriver que la personne qui fait l’appréciation ou l’évaluation du résident soit également un directeur de programme, mais ce n’est pas systématique. On tente de mettre en place des mesures pour que les gens ne soient pas juges et partis. »

Les directeurs de programme de la Faculté de médecine reçoivent désormais une formation pour connaître davantage les ressources disponibles aux étudiants qui en font la demande, précise la doyenne.

Cinquante-quatre mentors viennent également d’être formés à la Faculté de médecine de l’UdeM et auront pour mandat de rencontrer tous les résidents en groupes de 10, une fois par mois. « On va appliquer ça dès cet automne, c’était déjà prévu, indique la doyenne. C’est un médecin qui ne vient pas de leur département, et qui va les rencontrer pour qu’ils puissent exprimer parfois des peurs à une personne qui connaît leur monde, mais qui ne les connaît pas. » Selon la doyenne, cela permettra aux étudiants de se confier à quelqu’un qui ne les évaluera pas par la suite.

« On reçoit bien également la recommandation de donner une meilleure formation de dépistage de la maladie mentale, de la détresse plus sévère, assure Mme Boisjoly. Le directeur du programme de psychiatrie n’a pas besoin de cette formation là, évidemment, mais d’autres pourraient en bénéficier. Les 54 mentors ont aussi cette formation et il est possible qu’ils soient les premières personnes à déceler la détresse, ou les difficultés d’adaptation. »

L’ombudsman préconise aussi, entre autres, que les résidents reçoivent de la rétroaction « constructive et détaillée, dans un climat de respect, tout au long des activités de stage et dans leurs activités formelles. » « Au cours des dernières années, on a mis l’emphase l’évaluation à mi-stage, répond Mme Boisjoly. C’est toujours bien de savoir assez rapidement si il y a des choses qui ne vont pas pour être capables de les corriger : les directions de programme font énormément d’efforts à cet égard là. »

Des services déjà en place

Plusieurs initiatives et pratiques existent déjà à la Faculté de médecine pour les résidents et les étudiants de la Faculté, et se sont développées depuis près de 10 ans (voir encadré). « Le bien être de nos étudiants, de nos professeurs et de notre personnel en général est quelque chose qui me tient vraiment à cœur depuis que je suis doyenne, depuis 2011, explique-t-elle. L’ancienne vice-doyenne de médecine, Mme Josée Dubois, a beaucoup contribué à cela. Elle vient de terminer son mandat. »

Au plan des spécialités, il existe 72 programmes à l’UdeM, et chacun d’eux est évalué. « Pour ce qui est de l’intimidation, du harcèlement, c’est vraiment un critère où il y a une tolérance zéro, poursuit la doyenne. En tout temps, si on pense qu’il y a une situation où les conditions ne sont pas favorables à l’apprentissage d’un étudiant, on va utiliser des mesures comme replacer cet étudiant dans un milieu différent par exemple. Il nous arrive également d’interdire à certains médecins d’enseigner, parce qu’on juge qu’ils ne créent pas un environnement propice à l’apprentissage. » Mme Boisjoly indique que sur ces 72 programmes, un seul est en sursis, et donc en menace de retrait de l’agrément.

« Maintenant, je ne nie pas que l’intimidation et le harcèlement existent, c’est un phénomène qui existe, indique la doyenne. Ce sont souvent certains médecins enseignants qui vont avoir un comportement intimidant. Ils peuvent représenter parfois des personnes vulnérables et stressées : la violence verbale ou les exigences excessives sont souvent une réaction au stress. »

Mme Boisjoly ajoute que ce phénomène se rencontre régulièrement dans les disciplines très techniques. « On voit cela dans le domaine de la chirurgie en particulier, où les gens doivent poser des gestes très délicats, très précis, en peu de temps, souvent dans un contexte pas nécessairement évident où il y a des coupes de personnel, assure-t-elle. C’est pourquoi je pense qu’il faut accompagner non seulement l’étudiant, mais également les professeurs. »

 

Toile de fond du rapport

Le rapport de l’ombudsman indique qu’à la Faculté de médecine de l’UdeM, de nombreuses ressources sont disponibles pour les résidents en difficulté. Il note toutefois que « les deux plus récents suicides de résidentes inscrites dans des programmes de spécialité de l’Université et des situations de harcèlement et d’intimidation bien enracinées dans certains milieux ou dont le traitement manque de neutralité et de transparence » amènent à penser que « malgré les bonnes pratiques en vigueur, il y a encore place à amélioration ».

Ce rapport a été émis notamment dans le contexte d’une demande d’intervention de la famille d’une résidente de l’UdeM qui avait mis fin à ses jours en septembre 2011. Il intervient également après que des résidents de différents programmes aient fait appel aux services de l’ombudsman. Certains d’entre eux affirment, selon le rapport, que des évaluations défavorables ont été émises « dans leur milieu de stage dans un climat de tensions interpersonnelles ou de harcèlement psychologique », ou encore que « l’exercice de leurs recours auprès des instances facultaires n’a pas toujours été fait dans le respect des principes de l’équité procédurale et de la justice naturelle ».

« Le rapport était destiné à la vice doyenne aux études professorales et j’étais en copie, indique Mme Boisjoly. Nous l’avons reçu en mars, il a été rendu public à la mi-juillet, de mémoire. » Selon la doyenne, la réaction de l’ombudsman au plan d’action a été très positive.

*La Presse

 

Initiatives et pratiques en place à la Faculté de médecine de l’UdeM (avant le plan d’action)

-2006 : Création du Bureau d’aide aux étudiants et aux résidents. Celui-ci a pour mission première d’accueillir les étudiants et les résidents en difficulté afin de clarifier avec eux une situation problématique, comme des difficultés psychologiques ou émotionnelles, par exemple. Il s’agit alors de désigner des pistes de solution et de diriger les étudiants vers les ressources pertinentes.

-2011 : création d’un vice-décanat associé à la vie étudiante. Il a pour mission de soutenir la vie étudiante et de faire la promotion du bien-être.

-Depuis deux ans, des cours de gestion de stress et de méditation pleine conscience sont offerts aux étudiants en médecine et médecins-résidents. Ces cours font partie intégrante du programme d’études de médecine de 1er cycle.

-Depuis 2008, les professeurs de la Faculté de médecine sont formés de manière continue afin d’assurer un processus d’évaluation juste et exempt intimidation, et d’assurer le bien-être des étudiants.

Source : Mme Geneviève Bouchard, directrice du cabinet de la doyenne, communications et relations internationales