Formations en danger

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Par Guillaume Mazoyer
mercredi 11 février 2015
Formations en danger
L’UQAM, qui a un manque à gagner de plus de 20M$ dans son budget cette année, songe à couper 150 charges d’enseignement.
L’UQAM, qui a un manque à gagner de plus de 20M$ dans son budget cette année, songe à couper 150 charges d’enseignement.
Les universités du Québec sont aux prises avec une nouvelle vague de compressions qui les forcent à restructurer leur offre de cours. La Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ) scrute les conséquences réelles de ces coupes et déplore la concentration des retombées sur les programmes d’arts et de sciences humaines. Les universités s’expliquent.
« Pour nous, c’est nécessaire d’avoir une formation générale complète en sciences humaines avec une diversité de programmes offerts.»
Camille Godbout, Porte-parole de l’Asso­ciation pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ)

La FNEEQ dresse progressivement une « liste noire » des retombées réelles sur les universités depuis les premières coupes amorcées par le Parti québécois en 2013. « On constate que ce sont majoritairement, si ce n’est presque exclusivement, des cours d’arts et lettres, de Humanities au sens large, qui sont coupés, assène le vice-président du regroupement université de la FNEEQ, Sylvain Marois. Il n’y a presque pas de cours coupés en administration, en pharmacie ou en biologie par exemple ». Le chercheur s’appuie sur les résultats intermédiaires de l’étude qui sera en cours jusqu’en 2016. Elle continuera d’analyser les conséquences qui se font déjà sentir, soit la suspension des baccalauréats de l’Université Laval en littératures et philosophie, ainsi qu’ en études hispaniques. La maîtrise en communication publique majeure communication internationale interculturelle subira le même sort. À Sherbrooke, la Faculté de théologie vivra aussi un remaniement important.

À l’Université McGill, une centaine de cours de la Faculté des arts ont été supprimés, mais l’administration nie tout lien avec les compressions budgétaires. « En 2012-2013, la Faculté des arts avait entrepris de revoir l’offre d’une centaine de cours auxquels le taux d’inscription était tellement bas qu’on ne voyait pas l’utilité de les conserver » , explique le doyen de la Faculté, Christopher Manfredi.

Depuis l’année budgétaire 2012-2013, le réseau de l’Université du Québec (UQ) subit des compressions annuelles de 123 M$. « Il y a une tendance qui n’a pas changé malgré que les gouvernements, eux, aient changé », commente l’agent d’information du réseau UQ René Beaudet. Dans son plan d’atteinte de l’équilibre budgétaire 2015-2018, l’UQAM se concentre sur sa masse salariale et l’augmentation de ses revenus afin d’éviter de toucher à la qualité de l’enseignement et de résorber un manque à gagner de plus de 20 M$ cette année.

Fusions

Cependant, il y a parmi les hypothèses une réduction de 150 charges d’enseignement. « Cette mesure vise principalement la réduction des groupes multiples pour un même cours dans l’objectif de préserver l’offre de cours », défend la directrice de la division des relations avec la presse et événements spéciaux de l’UQAM, Jenny Desrochers.

À l’Université du Québec à Chicoutimi, une dizaine de cours ont été supprimés ou fusionnés à l’hiver 2015 et l’université pourrait en fusionner 85 autres au courant de l’année. À Rimouski, l’université entend également augmenter la taille des groupes. « On peut paqueter un cours d’histoire avec 200 étudiants, alors qu’avec un cours de sciences dans lequel il y a des laboratoires ou des stages, c’est plus compliqué , précise Sylvain Marois. Certains professeurs refusent l’augmentation de la charge ou disent qu’il va y avoir un impact sur la qualité de l’encadrement. »

Le fonctionnement du financement des universités est à blâmer, selon la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). « Les cours de sciences humaines sont moins rentables à cause de la pondération du financement par programme, explique le président de la FEUQ, Jonathan Bouchard.Quand l’université fait l’analyse de l’ensemble de ses cours, elle évalue ceux qui, en plus d’être les moins rentables, sont les moins populaires. » Les cours spécifiques qui intéressent une moins grande clientèle sont en première ligne de mire, comme l’illustrent les suppressions en théologie et en ethnologie.

La FNEEQ reste sceptique quant aux raisons économiques. « Ce serait facile de justifier ces coupes en disant que ce sont des programmes qui ont moins de retombées économiques pour la société ou pour l’université, c’est de l’ordre du cliché », prétend Sylvain Marois. La FNEEQ a demandé dans une lettre ouverte que le ministre de l’Éducation, du Loisir et du Sport, Yves Bolduc, réalise une étude afin de dresser un portrait actuel et transparent des besoins du réseau universitaire avant de sabrer dans les programmes. La demande est toutefois restée sans réponse.

« Pour nous, c’est nécessaire d’avoir une formation générale complète en sciences humaines avec une diversité de programmes offerts », clame la porte-parole de l’Asso­ciation pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ), Camille Godbout. La FEUQ, l’ASSÉ et des groupes de la société civile manifesteront sous l’égide « Refusons l’austérité » le 28 février à la place Émilie-Gamelin avant le dépôt du prochain budget par le gouvernement libéral.

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