Favoriser l’éthique

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Par Félix Lacerte-Gauthier
vendredi 30 mars 2018
Favoriser l’éthique
Les utilisateurs visés ont reçu un message mentionnant que leur compte d'utilisateur Université de Montréal Microsoft Outlook Office 365 avait été configuré avec succès. Ils étaient alors invités à activer leurs comptes en cliquant sur un lien. (Crédit photo : Colocho)
Les utilisateurs visés ont reçu un message mentionnant que leur compte d'utilisateur Université de Montréal Microsoft Outlook Office 365 avait été configuré avec succès. Ils étaient alors invités à activer leurs comptes en cliquant sur un lien. (Crédit photo : Colocho)
Une lettre ouverte signée par 11 professeurs, parue au mois de mars, dénonce l’existence d’un système d’ingérence dans la recherche sur les pesticides au Québec. Cette situation soulève des questions par rapport à l’indépendance de la recherche en milieu universitaire.
Pour obtenir un financement ou avancer dans sa carrière, on doit montrer qu’on a une productivité scientifique, un rayonnement.
Marc-André Verner, Professeur à l’École de santé publique de l’UdeM et cosignataire de la lettre ouverte

« Ce qui était problématique, c’est l’intervention des gens qui fournissaient des sous pour influencer ce qui serait publié ou non, pour retenir l’information et pour finalement influencer les chercheurs », explique le vice-doyen à la recherche et à la création à la Faculté des arts et des sciences (FAS) de l’UdeM et cosignataire de la lettre ouverte, Sébastien Sauvé. Il ajoute qu’une telle situation devient complexe pour un chercheur qui peut avoir peur de perdre ses subventions pour poursuivre ses recherches.

La crédibilité d’un chercheur et la remise en cause de ses travaux peuvent également poser problème, selon le vice-doyen. Même si la recherche a été effectuée dans un cadre éthique, le financement par un organisme qui y trouverait un intérêt peut semer le doute chez le public. « On a besoin de l’avis des scientifiques, mais on a besoin qu’il soit valable et libre de toute contrainte, clame M. Sauvé. Si on en vient à douter de l’avis des experts et scientifiques, sur quoi se baserons-nous ? »

Influencer les résultat

14ASelon le professeur à l’École de santé publique de l’UdeM et cosignataire de la lettre ouverte Marc-André Verner, l’argent n’est pas toujours la seule motivation des chercheurs. Il fait état de cas documentés où des chercheurs peuvent biaiser leurs recherches afin d’être avantagés. « Pour obtenir un financement ou avancer dans sa carrière, on doit montrer qu’on a une productivité scientifique, un rayonnement, avance-t-il. C’est sûr qu’il existe une pression de publication faisant en sorte qu’on est tenté de publier des résultats qui font avancer notre programme de recherche plutôt que des résultats négatifs. »

Bien qu’il affirme que la problématique reste peu visible dans son entourage immédiat, M. Verner admet l’avoir déjà constatée par le passé. « Au cours de collaborations, j’ai parfois observé qu’il y avait des biais de publication, confie-t-il. On ne publiait pas les résultats qui ne concordaient pas avec nos hypothèses de base. » Le professeur estime qu’il est difficile de quantifier ce phénomène. « C’est quelque chose qui existe et qui est documenté, révèle-t-il. Je pense que c’est répandu, mais je ne sais pas à quel point c’est important dans chaque domaine. »

La façon de présenter les données peut également changer la perception des résultats, selon M. Sauvé. D’après lui, les chercheurs agissent de manière « correcte » dans la majorité des cas, mais peuvent user de divers stratagèmes pour plaire à leur subventionnaire. « On peut tenter de retarder des publications pour permettre un rapport ou la mise en place d’une réglementation, donne-t-il en exemple. On n’est pas obligé de mentir ou de falsifier des données pour qu’elles paraissent meilleures. Quand on les interprète, il y a plusieurs façons de les présenter. »

Piste de solution

Pour les deux intervenants, la solution passe avant tout par un financement indépendant. « Dans la majorité des cas, les organismes subventionnaires gouvernementaux sont totalement indépendants et n’ont aucun intérêt concernant la portée des résultats, explique le vice-doyen de la FAS. Ils veulent avoir les meilleurs résultats, tels qu’ils sont. Il faut que le financement de la recherche soit complètement dissocié des possibles intérêts commerciaux. » Il précise qu’en cas de partenariats avec des organismes privés, afin d’éviter que ces derniers puissent avoir une incidence sur la recherche, des garde-fous doivent être mis en place.

« C’est possible de faire de la recherche indépendante, même en ayant du financement de l’industrie, quand les termes de la recherche sont bien déterminés, nuance M. Verner. À partir du moment où l’industrie investit ou donne une subvention, il faut qu’elle se retire de tout le processus de design expérimental, d’interprétation des données et de décisions par rapport à la publication. » L’idéal reste néanmoins, pour lui, que le financement soit gouvernemental ou qu’il provienne d’institutions qui n’en retireront aucun intérêt financier.


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