Enseigner dans sa communauté

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Par Isaac Gauthier
lundi 18 novembre 2013
Enseigner dans sa communauté
L’université McGill a décidé d’ouvrir ses horizons en instaurant un programme en sciences de l’éducation pour les étudiants autochtones. (crédit photo : flickr.com/thienV )
L’université McGill a décidé d’ouvrir ses horizons en instaurant un programme en sciences de l’éducation pour les étudiants autochtones. (crédit photo : flickr.com/thienV )

Presque deux ans après sa création, la popularité du baccalauréat en sciences de l’éducation pour les étudiants des Premières Nations et Inuits de l’Université McGill continue de grandir. À ce jour, l’UdeM ne voit pas l’intérêt d’avoir un tel programme, même si la mise en place d’un programme multidisciplinaire d’études des Premières Nations est à l’étude.

«La demande n’est tout simplement pas là», explique le vice-recteur adjoint aux études de premier cycle de l’UdeM, Jean-Pierre Blondin. Pour l’instant, l’Université ne considère pas pertinent un programme en éducation exclusif aux étudiants des Premières Nations et Inuits.

Créé en 2011 et axé sur un développement éducatif reflétant l’expertise et le savoir des professeurs autochtones, ce diplôme poursuit sur la lignée des certificats en éducation offerts aux étudiants depuis les années 80. Alors que ces derniers offrent la possibilité aux étudiants d’enseigner dans leur communauté, le baccalauréat a le net avantage d’être reconnu dans l’ensemble du réseau scolaire québécois.

Le diplôme est né d’une coordination entre l’Université McGill et quatre commissions scolaires autochtones du Québec: Inuit, Naskapi, Crie et Mohawk. Selon le directeur par intérim du programme d’éducation autochtone à McGill, Ralf St. Clair, les commissions scolaires réclamaient une meilleure formation pour les enseignants en communauté. «Ils sont souvent aux prises avec des circonstances sociales et géographiques difficiles», déclare-t-il.

Inutile à l’UdeM

L’UdeM ne voit pas pour l’instant la nécessité d’un tel programme. D’une part, les commissions scolaires offrent majoritairement leurs services en anglais et, d’autre part, les étudiants autochtones sont peu nombreux à fréquenter l’Université, défend M. Blondin. En avril 2013, l’établissement ne savait pas le nombre exact de ses étudiants à héritage autochtone : une vingtaine fréquenterait le campus.

« L’Université McGill a pris une approche consciemment pragmatique en ouvrant ses horizons», développe M. St. Clair. Selon lui, le baccalauréat permet d’affiner les compétences des enseignants autochtones en favorisant la diversité de leur enseignement. « Les préalables d’admission de nos étudiants sont plus généreux, explique-t-il. Nous devons prendre en considération leur parcours scolaire. » Les étudiants du programme ont souvent un parcours atypique et moins bien outillé que celui des élèves québécois non autochtones. Malgré tout, les élèves du baccalauréat sont assujettis aux évaluations du Ministère et doivent réussir le test obligatoire de français en plus d’un test d’usage de l’anglais.

Entre la communauté et Montréal

L’unicité du programme réside dans son format flexible adapté aux communautés éloignées. La première année, les professeurs se déplacent au sein des communautés pour donner leurs cours aux étudiants. Les deux années suivantes se déroulent à Montréal dans des écoles du réseau public. La dernière année, les étudiants retournent dans leur communauté où ils finalisent leur apprentissage avec les professeurs.

Ce baccalauréat se distingue aussi par son approche. La structure de cours magistraux à trois crédits est remplacée par la remise de travaux semestriels. «Ensemble, ce sont ces éléments qui font la popularité du programme chez nos étudiants», assure M. St. Clair.

L’UdeM souligne les difficultés associées à la création de ce type de programme. La logistique impliquée est considérable : envoyer des professeurs pendant un an au sein d’une communauté autochtone, souvent éloignée, est en soi un défi.

L’Université se dit prête à considérer l’implantation d’un programme d’études exclusif aux étudiants autochtones si une demande était faite. Encore faudrait-il que cette demande existe. L’étudiante en médecine d’héritage autochtone à l’UdeM Julie Cotton n’y voit pas d’intérêt. «Il ne faut surtout pas oublier que oui, c’est bon d’avoir différents spécialistes qui retourneront et feront une différence chez les leurs, mais aussi que chaque autochtone qui termine un diplôme universitaire sème probablement une graine d’espoir chez un jeune », insiste la jeune femme. Pour elle, la qualité du programme est ce qui importe. Elle ne croit pas qu’au niveau universitaire les besoins soient différents.

À ce jour, un programme multidisciplinaire d’études des Premières Nations pourrait être offert à l’UdeM en janvier 2015. L’Université McGill instaurera un programme d’études des autochtones nord-américains dès l’automne 2014.