Du thérémine à l’électro

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Par Camille Dufétel
mercredi 10 décembre 2014
Du thérémine à l’électro
Le recours à certains ancêtres du synthétiseur dans des compositions actuelles est devenu une véritable tendance.
Crédit photo : Isabelle Bergeron
Le recours à certains ancêtres du synthétiseur dans des compositions actuelles est devenu une véritable tendance.
Crédit photo : Isabelle Bergeron
Une infographie récemment mise en ligne par l’établissement public français l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) retrace l’histoire des instruments qui ont donné naissance à la musique électronique, depuis l’invention en 1919 du grand-père des instruments électroniques, le thérémine. L’occasion de porter un regard différent sur un genre musical qui a toujours su se réinventer, et dont la production ne se limite pas, même aujourd’hui, à l’utilisation de logiciels.

Alors que les ordinateurs permettent aujourd’hui de tout faire facilement, une panoplie d’instruments ont d’abord travaillé directement avec les ondes sonores. «La musique électronique se conçoit avec toute une lutherie électronique, par le travail des ondes qui peuvent être générées par des circuits ou par des flux électriques», explique l’étudiant à la mineure en musiques numériques Louis Cummins.

Depuis le début du XXe siècle, les ondes Martenot, le clavioline, inventé en 1947 par le grand-père du réalisateur français Michel Gondry, Constant Martin, ou encore le Moog Modular ont permis de créer de nouveaux sons électroniques. Ces sons sont produits en intervenant directement sur la structure physique des ondes, soit en modifiant le voltage du courant électrique, soit en superposant des ondes les unes par-dessus les autres ou en modifiant leur forme.

«La musique électronique, c’est à la fois le contenant: elle est faite par des ressources électroniques et médiatisées par des outillages, mais c’est aussi de nouvelles pensées qui naissent sans cesse avec la création de nouveaux instruments, affirme lechargé de cours en composition électroacoustique à la Faculté de musique de l’UdeM Martin Bédard. Chaque nouvel instrument électronique pousse le compositeur à explorer le son de manière différente et à être toujours dans la création.»

Le studio au cœur de la composition

C’est au milieu des années 1950 qu’est née la musique électronique d’aujourd’hui, selon M. Bédard. «Avant les années 1950, le studio ne servait qu’à enregistrer, dit-il. Depuis, il est devenu en quelque sorte un instrument créateur de musique et non plus un simple moyen pour récolter des données.» Cette idée d’utiliser le studio comme un instrument de musique aurait été popularisée parle compositeur français Pierre Schaeffer, qui a œuvré principalement dans les années 1940.

«C’est vrai qu’il y a toelectroujours un énorme travail de studio dans la composition de ce type de musique, assure l’étudiant à la majeure en musiques numériques Théo Brouillet. On modifie toujours le son d’une manière ou d’une autre, et en passant par le studio, on lui donne une nouvelle couleur.» Le synthétiseur est également un élément clé de l’histoire de la musique électronique. Alors que les anciens synthétiseurs produisaient des sons à partir d’ondes produites par un courant électrique, les synthétiseurs modernes sont capables de créer des sons à partir de signaux numériques.

Selon M. Bédard, il serait difficile désormais d’imaginer la musique sans une assistance informatique. «Avec l’échantillonnage, la recréation des timbres, la modélisation et les logiciels pour imiter les vieilles machines, la lutherie informatique a vraiment révolutionné la musique électronique», indique-t-il.

Théo Brouillet estime quant à lui que grâce à cette expertise informatique, on a désormais atteint un véritable degré de maîtrise du son.«L’électronique fait partie de tout ce qui est musical aujourd’hui, sauf la musique classique, dit-il. Mais on commence sans doute à en faire le tour. On a beaucoup exploité tout ce qui est synthèse sonore.»

Un avis que ne partage pas M. Bédard, qui relève pour sa part la démocratisation des outils permettant de composer de la musique électronique. «Aujourd’hui, n’importe qui peut s’équiper pour au moins 1000 dollars et créer ses propres compositions», souligne-­t-il.

Nostalgie des premiers instruments

Le chargé de cours remarque également que de nombreux groupes exploitent aussi bien des instruments du présent que du passé pour créer de nouveaux sons.«Aujourd’hui, plein de gens réintègrent la gestuelle dans leur composition, affirme-t-il. Il y a toujours un retour aux pendules historiques, au vintage. On devient nostalgique de ce que l’on a perdu.»

Le recours à certains ancêtres du synthétiseur pour créer de la musique semble être une véritable tendance. Dans son dernier album de 2013, Le Minisoufflé, le musicien québécois Sébastien Lafleur a collaboré avec l’un des plus grands joueurs de thérémine mondiaux, Thorwald Jørgensen. Déjà en 1966, le groupe de rock américain The Beach Boys utilisait cet instrument dans Good Vibrations. «Je trouve que le thérémine est un instrument très expressif, assure M. Lafleur . Alors qu’avec les diffuseurs électroniques, on cherche à faire de l’acoustique, avant le thérémine transportait l’acoustique vers l’électronique.»

De même, dans son album Random Access Memories, sorti en 2013, le groupe français Daft Punk utilise la boîte à rythmes Roland TR-808, qu’utilisait en 1986 le groupe allemand Kraftwerk, dans Music Non Stop. Du thérémine à la French touch, il n’y a donc qu’un pas, qui peut même être franchi dans les deux sens.

 

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