Dans la peau de l’écrivain

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mardi 3 mai 2016
Dans la peau de l'écrivain
Au Québec, la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur se fête le 23 avril, depuis 1996. Photo : Pixabay.
Au Québec, la Journée mondiale du livre et du droit d'auteur se fête le 23 avril, depuis 1996. Photo : Pixabay.
Le 23 avril 2016 fut célébrée, au Québec, la journée mondiale du livre et du droit d’auteur. Un préambule aux vacances d’été, un avant-goût de la lecture et l’occasion, pour d’autres, de s’initier au plaisir de la littérature. Voici, en quelques lignes, le portrait de l’écrivain et les rouages de l’institution du livre.

Lire, c’est se caler sur la mesure des mots, c’est apprécier la lenteur d’une phrase et s’abandonner à vivre doucement. Lire, c’est aussi savourer le monde de l’intérieur, c’est voguer d’un paysage à l’autre, sans quitter le fond de son lit. C’est partir ailleurs, visiter des corps, des sensations, des visages étrangers que l’on apprend, au fil des pages, à apprivoiser. Une fête, en un mot, où se mêlent conjonctions et subtilités de la langue, où gesticulent, de concert, les plumes tant appréciées de la littérature.

Mais le livre s’arroge d’autres fonctions. Vecteur de savoir, pont entre cultures, fictions et réalités, le livre est un réceptacle d’idées, un croisement de regards et de vies. L’occasion d’échapper aux traditions et d’apprendre à travers l’autre, en toute simplicité.

Portrait de l’écrivain

L’écrivain participe à la plus grande entreprise de l’homme : celle du rêve. Maîtriser l’art du récit est, en soi, la relève du solitaire, un travail qui ne s’achève qu’au terme de plusieurs mois, parfois plusieurs années. Isolement, rigueur et persistance, voilà les moteurs du livre, un investissement qui ne permet aucune récréation. À titre d’exemple, l’auteure Anne Robillard. Figure du roman québécois, celle-ci ne consacre pas moins de 15 heures par jour à la rédaction de ses manuscrits, portée par une plume féroce et d’une acuité qui n’a d’égal que son succès.

Après le premier jet, la réécriture, certainement l’étape la plus difficile et la plus longue du processus : il faut raccourcir certains passages, en allonger d’autres, reformuler, biffer… autant de retouches pour parfaire le tout, pour répondre aux attentes de l’éditeur et à celles de l’écrivain lui-même. Hemingway expliquait dans une interview, par exemple, qu’il lui était arrivé de réécrire 39 fois la dernière page d’Adieu aux armes avant d’être satisfait.

L’auteur peut ensuite procéder à l’envoi de son manuscrit. Mais la course aux éditeurs est aussi fastidieuse que celle d’écrire, l’attente étant généralement prolongée de trois à six mois. En effet, l’affluence des manuscrits reçus chaque mois dans les maisons d’édition — sans parler du faible effectif des comités de lecture — ralentit le traitement des livres et le délai de réponse.

Passées les dernières corrections, et avec l’accord de l’éditeur, le roman peut enfin être mis sous presse?! Vient ensuite la rétribution du livre : 10 % de commission ou, avec un peu de chance et selon la notoriété de l’auteur, une possible hausse quand celui-ci devient expert de son art. Voilà une récompense plutôt maigre pour un travail d’aussi grande envergure, et qui en force plus d’un à conjuguer travail et activité littéraire (exception faite des plus grands comme Anne Robillard qui aujourd’hui empoche 40 % des ventes de ses livres).

Ainsi, vivre dans la peau de l’écrivain ne répond pas tout à fait aux gloires que lui confère sa réputation. Plus qu’un métier, une vocation, un investissement et une prise de risque quand le succès ne suffit pas à renflouer le compte bancaire.

Un grand merci à ces amoureux de la langue, donc, pour leur générosité de temps et leur passion du livre et de l’écriture.