Que je n’en vois pas un s’assoupir sur un banc ! Il n’y a pas de « j’ai les yeux fatigués » qui tienne. Les déambulateurs et les hanches en plastique, c’est pas fait pour les chiens. Et n’allez pas vous enfuir dans les mouroirs avant d’avoir tout donné.
Rappelez-vous que chaque échange, chaque pas vers l’autre est un point dressé devant le nez osseux du grand mec au manteau noir pouilleux. On n’est pas là pour se reposer. La vie, c’est pas du gâteau, chantait feu Mano Solo. Surtout pas une mousseline pleine d’air qui se dissout sur la langue au contact de la salive. Pâteuse, vieillesse gâteuse. Accroche-moi donc ce dentier.
Casse la croûte, fais craquer tes os. Qu’on la brise cette vieillesse ! Cette coquille desséchée, consumée de l’intérieur, celle qu’on visite le dimanche à contrecœur. C’est moche. Ça me donne le goût de mourir plus vite, avant de m’ennuyer dans une maison de banlieue avec l’autre.
Non, ce n’est pas cette vieillesse-là qui fait envie. Celle qu’on veut voir, celle qu’on veut devenir, c’est la vieillesse qui assume le dépérissement tout en ayant le courage de poursuivre. Il doit y avoir plus de possibilités que de consommer sa retraite, occuper les médecins et faire enrager les « actifs » en allant à la banque et au marché aux heures de pointe. La fin de vie est jetée en pâture à la sénilité. Le potentiel de la vieillesse est gâché. Comme celui de la jeunesse qu’on infantilise.
L’apartheid de l’âge nous prive les uns des autres. Il sépare les familles et dresse des murs d’incompréhension.
Vieux, attrape le Jeune. Dépose un baiser sur sa joue fraîche. Ne juge pas ses actes avec intolérance, car c’est sur ton passé que tu craches.
Jeune, serre le Vieux contre ton cœur. Embrasse-le. Ne regarde pas ses rides avec dégoût, car c’est ton avenir que tu méprises.