Exposition

Rick Trembles et la mécanique charnelle

Bérengère Guy

C’est une bouche ou peut-être un sexe de femme. Une langue, ou peut-être une pieuvre. Les créatures que Rick Trembles expose fascinent et inquiètent.



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Photo : Bérengère Guy

Troublant. Rick Trembles déambule dans la galerie aux côtés de ses monstres venus d’un autre temps. L’homme aux cheveux poivre et sel porte des grandes lunettes à montures noires. L’homme au costume sombre observe et attend dans un coin, ne sachant que faire de ses mains. Ses créatures de plâtre et de silicone sans queue ni tête laissent perplexe. Connu pour ses dessins peu catholiques et ses « comics » décapants, l’artiste se fait pourtant discret. Les curieux, comme ses paroles, se font rares. Rick Trembles les laisse déchiffrer. Souvent de forme sphérique, les créatures présentes laissent entrevoir des bouches, des tentacules, des insectes, des dents ou encore des sexes proéminents. C’est un amalgame de créatures fantastiques, macabres, phalliques, où se dessinent en filigrane les vieux films d’horreur.

Le passé : là est le fil conducteur de l’artiste, la clé pour comprendre ses formes informes. « Toutes ces créatures sont une excuse pour revenir en arrière, au temps des films d’horreur des années 1930. J’aime ce genre de film. Ils m’ont toujours inspiré », explique Rick Trembles. Et ceux d’aujourd’hui  ? « Contrairement à ceux d’hier, les films d’horreur sont, de nos jours, trop explicites, ils ne font plus peur. De toute façon, j’en ai tellement vu dans ma vie que plus rien ne m’impressionne », dit-il, le sourire aux lèvres.

Son film d’horreur préféré : le King Kong de 1933, réalisé par Ernest B. Schoedsack. Après un petit tour dans les archives, les créatures de Rick Trembles prennent alors une autre dimension. Les effets spéciaux conçus avec les moyens du bord et le noir et blanc de l’époque le fascinent et teintent ses propres œuvres : « Toute ma vie, j’ai collectionné des livres pour savoir comment faire ce genre de choses. » Et même si ce type de méthode est devenu obsolète depuis les années 1980, l’artiste en reste friand. C’est en décembre 2008 que l’idée surgit. À partir de simples dessins 2D, Rick décide de créer des formes 3D. Il crée les moules de plâtre. Toutes ces « poupées » sont en fait des prototypes pour un film d’animation à venir. « Je vais les filmer pendant une minute en faisant bouger petit à petit leurs tentacules, leur langue et les faire marcher. Ensuite, je rajouterai des sons, des bruits organiques. Je n’ai aucune limite », explique-t-il. Ainsi, ces objets inanimés prendront vie. À quand la sortie ? « Je n’en ai aucune idée, je réfléchis encore aux détails et à la manière de m’y prendre », indique- t-il.

LE « GRAND-PAPA » DE L’UNDERGROUND

Le vrai nom de Rick Trembles est Richard Tremblay. Lorsqu’il était enfant, ses parents, bilingues, l’ont inscrit à une école anglophone, d’où le sobriquet de Rick Trembles. Depuis 1979, l’artiste fait de la BD pour différents fanzines et journaux : Fantagraphics’Pictoria, Screw, le magazine d’info-porno new-yorkais, ou encore Weirdo, un magazine comique créé par Robert Crumb, figure de proue de la bande dessinée underground depuis les années 1960. Rick est particulièrement reconnu pour ses critiques de films illustrées, publiées dans l’ hebdomadaire culturel Mirror et récemment compilées sous le titre Motion Picture Purgatory.

Malgré tout, Rick Trembles appartient à l’underground. Reconnu par ses pairs, son art reste pourtant inconnu du grand public. En témoigne la sobriété du lieu de l’exposition : une boutique- atelier tenue par un vieil ami, lui aussi bédéiste, où une quinzaine de personnes se sont déplacées pour l’évènement. Une manifestation dont Rick Trembles s’est lui-même occupé, des installations aux invitations, en passant par les crudités et les bières offertes. En toute simplicité.

L’exposition se tient jusqu’au 28 février à la galerie Monastiraki.

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