Anciennement membre du groupe Rime Organisé, Manu Militari a débarqué en solo sur la scène hip-hop montréalaise il y a trois ans. Depuis, il est l’un des rapeurs les plus respectés du milieu québécois, en plus d’être un des rares MC à avoir fait le pont aussi brillamment entre le rap de rue et les médias. Son secret est de toujours préconiser une structure de rap classique sans tenir compte des modes du moment, afin de ne pas tomber dans le piège du rap formaté pour les grandes radios commerciales. Pour ce faire, il s’adonne à un flow posé, aux propos authentiques et basés sur ses expériences de vie et sa vision de la société. Ayant toujours défendu une production hip-hop conservatrice, Manu semble désormais plus ouvert à une conception plus éclatée du rap. « Avec l’âge, je donne moins d’importance au fait que le rap doit être fait d’une seule façon. Le problème, c’est qu’il n’y a plus vraiment de différence entre rap et pop aujourd’hui. »
Selon Manu, le problème de la scène rap à Montréal est son flagrant manque de cohésion, causé en partie par l’influence prépondérante de cultures hégémoniques. « On est culturellement envahi par les États-Unis et la France. À cause de ça, on a de la misère à avoir une identité collective. » Son identité, Manu la puise dans son quartier : Côte-des-Neiges. Même s’il a récemment déménagé dans l’Ouest de l’île, il continue de s’inspirer des gens de son quartier. « Dans le bas de Côte-des-Neiges, il y a tellement de communautés qui vivent dans leur monde sans savoir où elles sont vraiment. D’un côté, t’as le monde jamaïcain, de l’autre, t’as le monde philippin… Ce sont des mondes qui se croisent tous les jours, mais qui ne se parlent jamais. »
Entouré de la même équipe de HLM Records, Manu sortira cette année ce qu’il considère comme la suite de Voix de fait, son précédent album. Même si ce sera moins « rue », l’album sera encore le résultat d’« une approche honnête et sincère », précise-t-il. « À un moment donné, si on fait juste rester sur un seul sujet, on s’enferme dans un carcan. Il faut se rendre compte qu’avant même de parler de rue ou de la représenter, on est des êtres humains. »