Rétrospective d’animation japonaise à la Cinémathèque québécoise
La Cinémathèque québécoise s’associe au Centre national du film de Tokyo en proposant une rétrospective du cinéma d’animation japonais des premiers temps. Avec 53 films programmés, la manifestation a pour ambition de faire découvrir une période méconnue de l’animation japonaise, qui s’étale de 1924 à 1952.
Quand on demande à Marco de Blois, conservateur de l’animation à la Cinémathèque québécoise, de revenir sur la mise en place du projet Aux sources de l’anime : L’animation japonaise (1924-1952), il évoque une initiative très personnelle : « Je fais partie d’une génération qui associe l’animation japonaise à l’industrialisation de la production et la pauvreté esthétique qui l’accompagne durant les années 1980. J’avais envie de montrer au public qu’il existe aussi une animation japonaise riche et variée, dont la connaissance nous est malheureusement difficile. » La rétrospective, dont la mise en place a nécessité un long travail de recherche, tente de montrer comment l’animation Japonaise d’aujourd’hui, appelée communément « anime » et découlant directement du manga, se confronte à l’influence du passé. Un lien ténu et fragile que la Cinémathèque cherche à rétablir : « À mon sens, l’une des fonctions d’une Cinémathèque est de continuellement secouer l’ordre du patrimoine cinématographique mondial afin d’en faire tomber les films les plus rares et les plus inattendus », ajoute Marco de Blois.

Il s’agit de la première diffusion de cette envergure hors du Japon. La principale raison concerne les questions d’ordre linguistique. Si certains films de la rétrospective sont muets, ils n’en comportent pas moins des cartons d’intertitres qu’il est préférable de traduire pour la compréhension. Enfin, la relative vétusté de certaines copies implique la confection de nouveaux tirages qui demandent une retranscription de la langue originale : « Il n’est pas rare que la transcription, initialement en langue japonaise, ne survive pas aux pellicules classiques. Par conséquent, nous devons réintroduire la transcription originale avant d’en effectuer sa traduction dans une autre langue », note Akira Tochigi, commissaire de la rétrospective et conservateur au Centre national du film de Tokyo. Le coût de la traduction est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles seulement 13 films de la rétrospective vont bénéficier d’un sous-titrage directement sur pellicule. Cependant, la Cinémathèque québécoise a prévu un système de soustitrage électronique qui va permettre au public de suivre la majorité des programmes en français et en anglais.
Le contournement de telles difficultés pour offrir des conditions de visionnement optimales n’aurait pas été possible sans l’étroite collaboration de la Cinémathèque québécoise avec son homologue japonais, le Centre national du film de Tokyo. Cette rétrospective est la première coopération entres les deux structures qui souhaitent poursuivre leur travail par d’autres initiatives. « Elle s’inscrit dans un partenariat à valeur d’échange culturel. L’année prochaine aura lieu à Tokyo une rétrospective du cinéma d’animation québécois », rapporte Marco de Blois.
La programmation élaborée suit l’axe historique pour rendre compte des spécificités de l’animation japonaise : « Ce qu’il y a d’intéressant avec cette rétrospective, c’est qu’il s’agit également d’une histoire du Japon », rapporte M. de Blois. La rétrospective est organisée autour de plusieurs parcours thématiques : du cinéma muet à l’essor de la production ; de la mainmise progressive de l’état sur le cinéma dans les années 1930 à la période trouble de l’occupation d’après-guerre. « En 1923, le tremblement de terre de Kanto a frappé Tokyo et a détruit les films antérieurs à cette date. Et 1952 marque l’entrée du Japon dans son indépendance après le retrait des troupes américaines », constate Akira Tochigi. Les parcours s’annoncent riches et variés et permettent d’observer les grandes tendances qui s’en dégagent. Durant les années 1920, Akira Tochigi note deux axes dans le cinéma d’animation : « D’un côté il y a la production de Kyoto. Elle s’inscrit dans la tradition du film d’arts martiaux [adapté pour l’animation]. De l’autre il y a les studios de Tokyo, davantage tournés vers le drame et la comédie sophistiquée. » Le commissaire Akira Tochigi donnera une conférence le 29 février à 14 h à la Cinémathèque.