Du Climategate aux sables bitumineux

Entrevue avec Shannon Walsh

Le prix de l’or noir

Alexandre Belkowski

À l’approche de la conférence de Copenhague, la gigantesque industrie des sables bitumineux de l’Alberta fait rougir beaucoup d’environnementalistes canadiens. Produit et réalisé par des Montréalais, H2Oil est le premier documentaire canadien à dénoncer cette industrie. Entrevue avec sa réalisatrice, Shannon Walsh.



Quartier Libre : Le film se concentre sur l’impact de l’exploitation des sables bitumineux sur la communauté autochtone de Fort Chipewyan, notamment sur le taux anormalement élevé de cancer qu’on y retrouve. Pourquoi ce choix ?

Shannon Walsh : Ces gens ont été d’une très grande inspiration. Il y a dans cette communauté d’à peu près 1 200 individus une grande force. Ils ont réussi à tirer la sonnette d’alarme pour dire qu’il y avait un gros problème, et pas seulement pour leur communauté, mais pour tout le monde. Aussi, c’est important de mettre en lumière ce que j’appelle le « racisme environnemental  ». Si on devait mettre sur une carte du monde tous les projets miniers ou d’exploitation des matières premières, on verrait qu’ils sont très souvent proches des terrains autochtones ou des peuples des minorités.

C’est très frappant au Canada. Rien qu’en Alberta, toutes les mines d’uranium sont proches de réserves autochtones. On peut aussi penser aux Jeux olympiques de Vancouver : plusieurs grands projets visant à construire des pistes de ski pour 2010 sont sur des terrains qui appartiennent aux communautés autochtones. Pourtant, il existe des traités, mais ils ne sont pas toujours respectés. C’est la même chose à Fort Chipewyan.

Q. L. : H2Oil a déjà été diffusé à Toronto, mais aussi en Afrique du Sud, en Italie ou encore en Norvège. Quelle a été la réception des gens ?

S. W. : Les réactions sont différentes dans chaque pays, mais en général, le film a été plutôt bien reçu. Les problèmes que j’y présente – les taux élevés de cancer de Fort Chipewyan ou l’assèchement des nappes phréatiques – touchent tout le monde. Le film casse un peu l’image d’un Canada qui fait toujours des bons choix pour l’environnement et où le gouvernement est idéal. Cela choque les gens de voir que même au Canada, on privilégie l’industrie pétrolière pour faire de l’argent.

Q. L. : Dans le documentaire, vous reprochez au gouvernement d’encourager l’exploitation des sables bitumineux. Est-ce que le gouvernement a réagi au film ?

S. W. : Il aurait été difficile d’avoir une réaction officielle, sauf peut-être si le film faisait vraiment beaucoup parler de lui. Le Canada préfère ne rien dire ! D’un autre côté, dans le milieu pétrolier, il y a quelques petits « bruits » qui apparaissent un peu partout. Mon favori, c’est le site oilsandsreview.com. C’est un blogue qui est fait par l’industrie pétrolière. La femme qui le rédige dit que même s’il y a beaucoup de cas de cancer à Fort Chipewyan, c’est la même chose partout dans le monde. C’est absolument ridicule.

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Photo : Loaded Pictures

Q. L. : Était-il prévu de sortir le film à quelques semaines de la conférence de Copenhague ?

S. W. : Ce n’était pas prévu, mais c’est pour le mieux. Je voulais sortir le film le plus tôt possible. J’ai passé trois ans en tout pour le réaliser et cela tombe bien que ce soit juste au même moment que Copenhague. Je connais d’ailleurs beaucoup de gens dans la lutte contre les sables bitumineux qui vont aller à Copenhague pour faire des projections de films, dont H2Oil. Il y aura aussi une journée spéciale contre l’exploitation des sables bitumineux.

H2Oil est présenté au Cinéma Parallèle à partir du 4 décembre.

www.h2oildoc.com

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