L’âge du plastique de Morgan Guégan

Le monde, version duct tape

Samuel Mercier

Peu d’inventions de la science moderne ont été aussi utiles que le duct tape. Ce ruban adhésif permet toutes les réparations de fortune. Il permet aussi à l’artiste Morgan Guégan de repenser la fonction purement utilitaire de ce matériel avec son exposition L’âge du plastique.



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Sculpture de duct tape
Morgan Guégan

C’est grâce au duct tape que les astronautes d’Apollo 13 ont réussi à rentrer sains et saufs de leur périple dans l’espace. Ils avaient ainsi réparé le filtre à CO2 qui altérait leur respiration. C’est aussi avec son aide que j’ai réussi à faire tenir la poignée de porte de ma Honda Accord 1990 pendant plus d’un an. Loin de ces questions techniques, le duct tape sert de médium pour l’exposition du jeune artiste Morgan Guégan à la galerie de l’agence publicitaire Sid Lee.

À mi-chemin entre illustration et art visuel, Guégan propose une quinzaine de tableaux et quelques sculptures représentant des objets usuels. Ces éléments s’articulent autour d’un produit imaginaire, le « dod », une mystérieuse machine en forme de boîte. L’ensemble peut donc être considéré comme une seule œuvre narrative racontant l’histoire de cet étrange produit qui fait son chemin de l’usine jusqu’à l’usage courant. Au fil des tableaux, le « dod » se met à produire une mousse bleue qui anéantit peu à peu le monde de duct tape créé par l’artiste, l’exposition se clôturant sur une toile complètement bleue.

Illustrateur et animateur de formation, le Parisien Morgan Guégan s’est établi à Montréal il y a un an. Sans tomber dans une critique trop facile de la société de consommation (dans une agence publicitaire, le lieu serait bien choisi), Guégan fait évoluer ses personnages dans un univers déjà imparfait, qui a tout d’inquiétant. L’humanité, dans L’âge du plastique, n’est qu’envie ou méchanceté, tristesse ou solitude, perdue comme Charlot dans la machine des Temps modernes.

LA FIN D’UNE ÉPOQUE

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La mousse bleue envahit le monde de duct tape.
Photo : Morgan Guégan

L’artiste propose une réflexion sur la disparition imminente de ce qui nous entoure. Le bleu envahit le monde de Guégan et finit par sortir du cadre de la toile pour couler sur les objets usuels cassés et tordus, faits de duct tape évidemment, mais sculptés. Du briquet à la cigarette, en passant par la brosse à dents et le réveille-matin, le bleu s’en empare et les fait disparaître. Tout le paradoxe de l’exposition réside dans le médium : le duct tape, censé pouvoir tout fixer. Ce dernier sert à représenter des objets abîmés, éprouvés par la marche du temps, vestiges impuissants et inutiles d’une époque, l’Âge du plastique, qui s’écroule faute d’humanité.

DRÔLE DE GALERIE

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Ruban adhésif sur carton
Photo : Morgan Guégan

L’exposition, un peu maigre, un mur à peine, souffre de son emplacement. Coincé entre la cafétéria et les bureaux de style industriel de l’agence Sid Lee, le lieu offre un coup d’oeil amusant sur le quotidien, à première vue très confortable, des publicitaires, entre rencontres d’équipe et nourriture bio, mais il se prête plutôt mal à l’art. De plus, le manque d’explications quant à l’ordre des œuvres nuit considérablement à l’expérience de la visite. Donc, pas de quoi y passer la journée, mais un détour intéressant, ne serait-ce que pour donner des idées au visiteur qui songe à réparer la fuite du robinet de sa laveuse.

L’âge du plastique, jusqu’à la fin novembre
Galerie de l’agence publicitaire Sid Lee
75, rue Queen, local 1400, Métro Square-Victoria

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