Une actrice de films pornographiques filmée par son amoureux, de vagues sosies de Freddy Krueger ou d’Elvis à la recherche de la gloire, des Papous qui explorent la France… Les héros des films sélectionnés dans la section Rubans Canards des 11e Rencontres internationales du documentaire de Montréal sont plutôt atypiques.
Cette année, une nouvelle porte s’ouvre aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM). Elle donne au public l’accès à un nouveau genre de documentaires qui se démarquent par une forme atypique, un sujet marginal et parfois même les deux. Ce sont les Rubans Canards. Charlotte Selb, coordinatrice de la programmation aux RIDM depuis six ans, explique : « Depuis quelques années, nous découvrons des documentaires au genre inclassable. Pour la onzième édition du festival, nous leur dédions cette nouvelle section. »
Le nom de la section a pour origine une blague survenue lors d’une séance de remue-méninges dans les bureaux des RIDM. Il s’agit de la traduction littérale du terme anglophone duck tape, ce ruban adhésif pratique dans toutes sortes de situations y compris lors d’un tournage. Traduit en français, le terme devient absurde et n’a pas de signification, mais est surtout décalé, tout comme le nouveau genre de documentaires qu’il représente.

Même si le nom Rubans Canards l’a un peu surprise par son incohérence, la réalisatrice d’Antoine, Laura Bari, est ravie que sa première œuvre soit sélectionnée dans une section de documentaires « nouvelle vague ». « Mon film, c’est du réalisme fantastique, il est un peu hybride, comme moi (rires), je suis Argentine de naissance, mais je vis à Montréal depuis 20 ans », explique-t-elle.
Dans ce film, le spectateur suit Antoine, un petit garçon aveugle d’origine vietnamienne vivant à Montréal, au cours de la cinquième et sixième année de sa vie. Antoine enquête sur la disparition d’une certaine madame Rusky. Cet âge où la frontière entre le réel et l’imaginaire est extrêmement mince passionne la réalisatrice. Non seulement elle met en scène un être exceptionnellement débrouillard malgré son lourd handicap, mais pour ce faire, elle a choisi un traitement cinématographique particulier. Elle a filmé du point de vue de l’enfant et l’a fait participer à la prise de son en lui donnant un petit microphone qu’il a pu amener partout.
Jeannot le fou, un premier long-métrage également sélectionné dans les Rubans Canards, est un film hybride d’après ses réalisateurs, Francis Pinard et Benoit Thomassin, puisqu’il est à la fois porteur d’un message social et divertissant. Il soulève la question du sort réservé aux marginaux dans notre société en faisant le portrait d’un personnage coloré. Pour ces deux étudiants en cinéma, l’idée de départ était de démystifier un certain Jeannot de Saint-Hyacinthe, citoyen intriguant qui nourrit les commérages des résidents.
La profondeur du personnage et son projet de construction d’un « hôpital d’amour-radeau » sur les berges de la rivière Yamaska ont incité Francis Pinard et Benoit Thomassin à peindre son portrait dans un long-métrage. « Au départ, même si nous aimions ce que nous filmions, je me demandais si, en dehors de notre cercle, ce sujet allait intéresser les gens. Finalement, oui », se rappelle Benoit Thomassin.
Depuis quelques années, nous découvrons des documentaires au genre inclassable. Pour la onzième édition du festival, nous leur dédions cette nouvelle section.
Charlotte Selb
Coordinatrice de la programmation aux RIDM
Patricia Boushel, l’une des trois membres du jury, a hâte de voir pourquoi ces films ont été sélectionnés dans cette section si particulière. « Je suis très sensible à toute nouvelle forme d’art, j’aime quand l’excentricité d’un sujet se reflète dans son traitement artistique et je m’attends à voir cela dans cette catégorie », affirme celle qui est aussi la productrice du festival de musique Pop Montréal.
Charlotte Selb est convaincue que ces documentaires vont amener un nouveau public aux RIDM. « Ceux qui pensent que les documentaires sont trop sérieux et ennuyeux vont être agréablement surpris. Ceux-ci sont drôles, divertissants et surprenants », ajoute-t-elle.
Cette nouvelle forme de documentaire n’est pas spécifiquement québécoise. Dans la sélection, on retrouve aussi des films belges, français, chinois, nord-américains, allemands et israéliens. « La nouvelle vague documentaire », est un clin d’œil de Laura Bari au mouvement cinématographique ayant vu émerger un nouveau genre fictionnel en France à la fin des années 1950.