Consomm'Actrices

Maude L'Archevêque

Les interviewées : Joanna Dessau et Nadia Cicurel

Propos recueillis par Maude L'ARCHEVÊQUE

Étudiantes en études internationales, Joanna Desseau et Nadia Cicurel sont aussi membres du SCRUTÉ, le comité pour la Surveillance pour la consommation responsable universitaire et pour des transactions éthiques, et d’UniVERTcité, le comité environnemental de l’Université de Montréal. Joanna Desseau est à l’origine du Guide du Consomm’Acteur, 1001 trucs et adresses pour une consommation responsable, publié par les comités participatifs au début de l’automne, projet dont s’occupe maintenant Nadia Cicurel.

Quartier Libre : Qu’espérez-vous que les étudiants fassent avec le guide? Espérez-vous qu’ils l’appliquent intégralement? Si les étudiants ne retiennent que quelques conseils allez vous tout de même avoir l’impression qu’il a rempli sa mission?

Joanna Desseau : Le but n’était pas du tout de prendre le guide et de dire aux gens : «C’est une bible, il faut que tu fasses tout de A à Z.» Il s’agissait davantage de répondre à un besoin que l’on sentait chez les gens : savoir où l’on peut trouver certaines choses, avoir des pistes d’alternatives à la consommation traditionnelle. Le guide propose tout un éventail de ces pistes : il y en a autant pour les accros, granos à fond, que pour quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de ces sujets là. Chacun peut aller prendre un petit truc ou deux par année qu’il a envie de faire selon ce qui est facile pour lui. Certaines choses sont plus faciles pour certaines personnes que pour d’autres. On ne demande pas à tout le monde de devenir végétarien, bio et équitable.
Nadia Cicurel : On a écrit le guide pour donner des outils concrets aux gens, pour montrer à n’importe quel individu ce qu’il peut faire. On entend toujours parler des problèmes qu’il y a dans le monde relatifs à l’environnement. C’est un guide clair et simple qui montre aux gens que oui, ils peuvent faire quelque chose pour y remédier et que oui, ça peut changer.
Q.L. : En même temps, vous aimeriez sans doute que tout le monde devienne comme ça…?

J.D. : Je ne crois pas qu’il soit question de ce qu’on aimerait ou pas… C’est sûr qu’intrinsèquement, on veut que les choses changent : c’est pourquoi on écrit des guides comme celui-ci, parce qu’on veut surtout offrir de l’information. Un de mes amis me parlait des trois «s’in» : s’informer, s’indigner, s’impliquer. En effet, sans information, on ne peut pas agir. J’ai appris tellement de choses : ce n’est pas que j’étais conne avant et que maintenant je suis illuminée… On a besoin d’informations de base sur plein de choses qui touchent à la consommation. Une fois qu’on est informé, on peut faire des choix. Après, chacun est libre de choisir. Mais ce n’est pas réaliste de penser que tout le monde fera les mêmes choix écologiques, que tout le monde, dans un avenir proche, fera du compost chez lui.

Q.L. : Comment l’idée de faire ce guide est-elle venue?

J.D. : Quand je suis entrée au SCRUTÉ, on m’a parlé des projets en cours. Marie-Ève Favron, membre du comité participatif, s’occupait du guide et avait besoin d’aide. Ça faisait longtemps qu’elle travaillait là-dessus, mais ça ne se concrétisait pas vraiment. Alors, j’ai embarqué dans le projet et on l’a fait à deux pendant l’été. On a passé des heures et des heures devant ’ordinateur, à chercher dans des bouquins ou à écrire…

Q.L. : Et à vous promenez à Montréal? Il y a beaucoup d’adresses dans le guide…
J.D. : Pas vraiment. Ce sont des trucs que l’on connaissait ou que l’on avait lus dans d’autres guides. Dans notre quotidien, les gens nous demandaient: «Tu connais un endroit pour ci? Un endroit pour ça?» On se le faisait beaucoup demander, alors on s’est dit qu’on allait mettre ça sur papier.

Q.L. : Vous préparez actuellement une deuxième édition du Guide qui paraîtra à l’automne 2007. Qu’est-ce qui va changer entre la première et la deuxième édition du guide?

J.D. : On ne veut pas réinventer la roue. Au début, on n’était pas du tout sûr de vouloir faire une deuxième édition. On avait fait imprimer 5000 exemplaires de la première édition, que l’on avait décidé de distribuer gratuitement. Finalement, ils sont partis tellement vite, comme des petits pains! On a constaté qu’on n’en aurait pas assez. Un de nos buts était d’élargir le guide de façon extra-universitaire et qu’il puisse être distribué dans des librairies alternatives ou dans des cafés et des restaurants que l’on cite dans le guide. Ceux-ci pourront alors devenir de petits points de vente. Nous voulons vendre le guide à 1 $, ce n’est pas cher; c’est le coût de production. Le but est de le rendre le plus accessible possible, au plus de monde possible. C’est pour cela que nous l’avons mis sur Internet gratuitement.

Q.L. : On parle beaucoup de faire des choix. Par exemple, êtes-vous végétariennes?

J.D. : Oui, mais j’ai de la misère à équilibrer… Je ne prends pas le temps de cuisiner… Ce n’est pas juste de tasser la viande, il faut apprendre à aimer et à découvrir pour trouver des alternatives, sinon tu attrapes plein de carences et quand tu vois un bout de viande, tu as envie de sauter dessus!

N.C. : Trois-quarts. Je n’achète jamais de viande, mais quand je vais chez les autres,
je ne me restreins pas. Ce que j’aimerais c’est manger seulement la viande dont je connais
l’origine.
J.D. : Il y a eu beaucoup de choix éditoriaux dans le guide. Par exemple, est-ce qu’on parle du fait d’être végétarien ou pas? Notre guide s’est beaucoup inspiré d’un livre qu’a fait Protégez-vous en collaboration avec Équiterre: Le Pouvoir du Consomm’Acteur. Dans ce guide, au niveau de la nourriture, il y avait des sections comme Manger local, Manger bio, Manger équitable, mais aussi Manger de la viande ou pas? Nous ne voulions pas avoir une telle section, parce qu’on ne voulait pas que le guide soit trop dur d’approche. En fait, il y a une raison très écologique pour être végétarien : à chaque fois qu’il y a un saut dans la chaîne alimentaire, tu perds un dixième de la valeur nutritive. La moitié des céréales aux États-unis sert à nourrir le bétail. Et ce bétail ne nourrit pas autant de gens que si ces céréales avaient été mangées par des humains. Donc, on a mis un petit «Le saviezvous?» dans le Guide, afin de mettre la puce à l’oreille et que la personne puisse s’informer davantage, mais on a essayé de ne pas être trop hard-core.

Le Guide du Consomm’Acteur est disponible aux comptoirs Multi-services de la FAÉCUM au coût de 1 $

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