Gardiennage politique

Jean-Claude Paquet, Illustration : Clément de Gaulejac

Les ailes jeunesse des différents partis politiques provinciaux offrent aux jeunes une chance unique d’influencer les décideurs politiques. Elles leur permettent de rencontrer d’autres jeunes de toutes les régions et même de soumettre des propositions. Malgré leur bonne volonté, ces jeunes ne sont pas à l’abri des critiques.

Jean-Claude PAQUET
Illustration : Clément de Gaulejac

L’aile jeunesse d’un parti politique est un outil de rencontres et de partage d’idéaux. « Quand tu commences à t’impliquer tôt, ça te permet de rencontrer des jeunes ayant les mêmes intérêts politiques que toi », explique Marie-Noelle Legault, présidente de l’antenne lavaloise du Comité national des jeunes du Parti québécois (PQ) de 2001 à 2003.

Cela peut aussi être un tremplin politique pour ceux qui s’impliquent, comme l’explique Catherine Goyer, vice-présidente de la Commission des jeunes (CDJ) de l’Action démocratique du Québec (ADQ) : « Pour un jeune, il s’agit d’une formation qui va lui permettre d’aller plus loin en politique. Nous avons d’ailleurs plusieurs anciens membres de l’exécutif de la CDJ qui siègent maintenant à l’Assemblée nationale. »

Quant à Frédérick Rousseau, ancien représentant de la région de Québec pour la Commission jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ), cela lui a plutôt permis d’avoir une influence sur la vie politique et de se sentir écouté malgré son jeune âge. « J’ai pu exprimer mes idées et mes opinions directement, à travers un canal de communication qui rejoint directement ceux qui dirigent la province. »

Pour démontrer ces propos, M. Rousseau explique que les membres de l’exécutif, qui sont élus lors du Congrès jeunesse annuel, siègent également au Conseil exécutif national du PLQ. « Ces quatre membres ont un pouvoir certain sur les instances politiques. Qui plus est, le tiers des membres du congrès du Parti sont des délégués jeunesse », ajoute-t-il.

À l’ADQ aussi, la place de l’aile jeunesse est importante. Mme Goyer explique que le président et le vice-président « siègent au niveau du Conseil national de l‘ADQ. Et que sur les 200 membres du Congrès du parti, une cinquantaine de places sont réservées aux membres jeunesse. » On retrouve aussi au Conseil national du PQ des responsables des ailes jeunesse, à savoir le président du conseil de chaque région aux côtés de son aîné.

Des jeunes qui dérangent

La trop grande importance accordée aux jeunes dans certains partis ne plaît pas à tous. « Il arrive souvent qu’on dérange les aînés, certains trouvent qu’on prend trop de place au sein du parti : le tiers des voix est un pouvoir énorme », explique M. Rousseau.

Marc Benrimoh, 35 ans, membre du Parti libéral dans la circonscription d'Anjou, regrette que les gouvernements soient parfois obligés de se rétracter sur certains dossiers à cause de la forte influence des jeunes. « La Commission jeunesse du PLQ a protesté contre les coupures dans les prêts et bourses et a fait reculer le gouvernement Charest. Pourtant, le projet n’était pas une si mauvaise idée au départ », explique-t-il.

Pierre Garand, 58 ans, membre du PQ dans la circonscription de Charlesbourg, déplore le peu de renouvellement dans les sujets abordés par les jeunes. « Ils ne font que se pencher sur des sujets qui les intéressent comme l'éducation. Pourtant, il existe beaucoup d'autres enjeux dans la société. »

Mme Legault atténue ces propos en expliquant que « le CNJ est une instance qui permet aux jeunes de parler de dossiers qui les touchent, qui ont été soit oubliés par les plus vieux ou encore qui vont à leur encontre. » Selon elle, sans ce moyen, les jeunes ne seraient pas écoutés et n’auraient aucune influence sur la vie politique.

Pour Mme Goyer, de la CDJ de l’ADQ, les jeunes ne s’intéressent pas qu’à l’éducation. « Lors de nos congrès, nous avons abordé des thèmes comme le suicide, le transport, l’environnement et la place du Québec à l’échelle internationale, pour ne nommer que ceux-là », ajoute-t-elle.

Quant à la Commission jeunesse du PLQ, elle se défend en disant qu’elle a aussi remporté des victoires qui relient toutes les sphères de la population. « C’est nous qui avons proposé l’abolition de la TVQ sur la vente des livres. Cela rejoint tout l'électorat, pas juste les jeunes », affirme fièrement Frédérick Rousseau.

Les Verts et Québec solidaire n’ont pas encore leur aile jeunesse. Pour le Parti vert, la possibilité d’en créer une sera abordée lors de la prochaine réunion de l'exécutif. Pour Québec solidaire, il n'existe que des groupes de jeunes membres sur certains campus québécois.


Au PQ : 25 000 jeunes de 16 à 28 ans (sur 140 000 membres)
Conseil national des jeunes créé en 1998 (parti : 1968)

Au PLQ : 6130 jeunes de 16 à 25 ans (sur 110 000 membres)
Commission jeunesse créée en 1970 (parti : 1867)

À l'ADQ : 2000 jeunes de 16 à 25 ans. Il y avait 10 000 membres adéquistes avant les élections de mars. « L’augmentation perpétuelle du nombre de membres nous empêche de communiquer le chiffre actuel » explique-t-on à l’ADQ.
Commission des jeunes créée en 1998 (parti : 1994)

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