L'UdeM nous tombe sur la tête

Gaétan Pouliot


Le campus de l'Université de Montréal serait-il en ruine? C'est du moins ce qu'a laissé entendre le recteur Luc Vinet lors de son passage en Commission parlementaire de l'éducation le 6 février dernier. Malgré la discorde sur le financement des universités, la majorité des acteurs du campus s’entend sur une chose avec la direction : l’Université est dans une piètre condition. État de la situation.

Gaétan POULIOT

«Si vous avez de meilleurs professeurs […], mais que le plafond coule puis que vous voulez prendre des notes [et qu']il y a toujours des flaques d'eau, ça ne marchera pas», a affirmé le Luc Vinet, pour illustrer le piètre état de l'UdeM lors de la Commission de l'éducation. «Les barres d'électricité, dans les salles de cours, on est obligé de les enjamber parce que le filage n'est pas adéquat puis les "fuses" sautent rendues au bout du corridor. Les gens ont des "laptops". C'est ça, la réalité de nos universités», a ajouté le vice-recteur aux affaires académiques, Jacques Frémont, devant les parlementaires à Québec.

Au-delà de ces exemples colorés, plusieurs acteurs importants de la communauté universitaire donnent raison à la direction. «Nous en sommes arrivés à un point critique, estime Sylvain Dubé, coordonnateur aux affaires universitaires de la Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM). Le problème, c'est que ça fait dix ans que l'on diffère la réfection des bâtiments. Un redressement majeur est nécessaire.»

«Les professeurs se plaignent de l'état des bâtiments», avoue pour sa part Louis Dumont, président du Syndicat général des professeurs de l’Université de Montréal (SGPUM). «Il y a eu des efforts faits dans le passé, mais cela n'est pas suffisant» affirme-t-il, se basant sur des enquêtes menées auprès des professeurs tous les trois ans. Entre autres, la qualité de l'air dans plusieurs pavillons serait problématique. «Dans le pavillon Roger-Gaudry, il y a des laboratoires humides [dans des locaux] qui ne se prêtent pas à ça», ajoute-t-il. Sylvain Dubé de la FAECUM signale même que «certains laboratoires de chimie ne respectent pas les normes de santé et sécurité au travail».

Selon M. Dumont, les professeurs s'accommodent de la situation, mais il signale que dans ces conditions, «la formation donnée aux étudiants n'est pas optimale». Cette situation est également déplorée par Sylvain Dubé.

28 millions de $ par an pour l’entretien

«C'est un problème qui touche toutes les infrastructures du Québec, que ce soit les routes, les hôpitaux ou les universités», relativise le directeur général de la Direction des immeubles de l'UdeM, Robert Couvrette. Il estime que la mise à niveau des infrastructures du campus coûterait 220 millions de dollars, tant le retard accumulé est important. M. Couvrette explique qu'il y a deux types de réfections nécessaires : «Une causée par l'usage des bâtiments et de type technologique.» Concernant ce dernier point, il faut notamment adapter les bâtiments aux nouveaux besoins informatiques et installer de nouveaux gicleurs pour répondre aux nouvelles normes du code du bâtiment. Il y a même un problème de toilettes, affirme-t-il, expliquant que cette situation est due à la plus grande fréquentation des universités par les femmes. Il faut maintenant adapter les lieux à la présence croissante de ces dernières.

En ce qui a trait à l'entretien régulier des bâtiments, «l'Université investit environ 28 millions de dollars annuellement, calcule-t-il. Il faudrait toutefois dépenser le double pour l'entretenir adéquatement.»

Si les différents acteurs de la communauté universitaire s'entendent sur le piètre état de l'UdeM, la provenance des fonds pour remédier au sous financement de l’Université fait débat. «On ne peut pas attendre la philanthropie, clame avec vigueur M. Dubé, s'opposant également à l'augmentation des frais de scolarité. La prochaine campagne de collecte de fonds de l'Université est prévue pour 2010.» Selon lui, c'est au gouvernement du Québec de réinvestir massivement. Pour aller chercher ces sommes, il espère que le rectorat s'acharnera autant sur ce dossier que sur le projet du nouveau campus d'Outremont.

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