La grande fatigue

Julie Roy

Impossible de les manquer sur le campus ces jours-ci. Café en main, traits tirés et teint blafard, les étudiants épuisés se multiplient à vue d’oeil. La fatigue hivernale est un phénomène récurrent. Dissection d’un mal à combattre.

Julie Roy

Marie-Christiane Hellot, professeure de linguistique à l’Université de Montréal, témoigne de l’énergie ambiante: «Ça fait 15 ans que j’enseigne ici. À toutes les années, en février et au début mars, je constate une perte de tonus. Les étudiants sont moins attentifs, moins motivés. Il y a aussi plus d’absentéisme» Dans plusieurs cas, la fatigue physique s’accompagne d’une fatigue morale. Une forme de déprime passagère dont les effets sont bien sentis. Stéphanie Zimmer, du Centre de consultation psychologique de l’Université de Montréal, atteste que les demandes de consultation augmentent de façon significative en cette période de l’année: «C’est la mi-session et les étudiants sont surchargés. L’hiver est aussi plus difficile à vivre. La plupart des gens ont tendance à rester chez soi, à s’isoler davantage, ce qui alimente le sentiment de lassitude.» La psychologue attribue également une part de responsabilité à la luminosité. «Certaines personnes sont très affectées par le manque de lumière. Leur cycle biologique est déboussolé».

Un mal symptomatique

Lors d’un rapide vox pop réalisé sur le campus, certains étudiants se sont confiés à Quartier libre. «C’est plus difficile de fonctionner. De se lever le matin et de sortir pour aller aux cours», explique Jean-Philippe Cloutier, étudiant en physique. «J’ai besoin de toute mon énergie pour me rendre au métro. J’ai juste envie de rester au chaud chez moi», raconte Amélie Coutu du baccalauréat en cinéma et littérature. Quant à Lucie Pfister, une Française venue étudier le journalisme à l’Université de Montréal, elle vit plutôt mal son premier hiver québécois: «Je suis motivée à rien faire. Je dors tout le temps et je suis toujours aussi fatiguée.» Ces propos ne surprennent pas Mme Zimmer , qui explique: «Le corps est surmené et réclame un répit qui souvent ne lui est pas accordé. Ajoutés au stress et à l’anxiété qui accompagnent les périodes de surmenage, plusieurs symptômes de la déprime peuvent apparaître chez les étudiants.»

Perte d’énergie, d’appétit et de motivation; difficultés relatives au sommeil; besoin de compenser sa faiblesse par un apport excessif en caféine ou en sucre ; tendance à chasser le stress par une consommation accrue de cigarettes, d’alcool ou de substances illicites; sont autant de manifestations de la déprime. «L’humeur est aussi affectée. Les étudiants sont souvent plus irritables, moins tolérants», précise la psychologue. La fatigue engendre une perte de productivité qui peut causer un sentiment de frustration. «L’étudiant peut avoir tendance à se comparer aux autres et à être très critique vis-à-vis de lui-même», souligne Mme Zimmer.

NÉCESSAIRES DISTRACTIONS

Elle rappelle toutefois qu’il est facile de retrouver l’énergie qui fait défaut. Première étape : reconnaître son état et ne pas le minimiser. Pour rétablir l’équilibre rompu, il faut ensuite se donner les moyens de sortir de la léthargie. « Il est souvent opportun de revoir les priorités et de remettre les choses dans une perspective réaliste. L’étudiant doit aussi s’accorder du repos et le droit de faire des activités qui lui procure du plaisir », dit Stéphanie Zimmer. Aller voir un bon film, faire du sport ou se retrouver entre amis sont des activités essentielles à la santé mentale, conclut la psychologue.

À propos de nous | Nous contacter | Participer | Publicité | Partenaires | Archives