Opinion: L’Université n’est pas Olymel

Clément Sabourin

Clément SABOURIN

À écouter les différents partis politiques, les groupes de pression, mais aussi la majorité des associations étudiantes, la question de l'éducation post-secondaire ne s'aborderait qu'en termes monétaires, un peu comme s'il était question d'une industrie en perte de vitesse. Parler des universités québécoises revient (presque) toujours à parler de «réinvestissement massif», de «réinjection global», de «moteur de l'économie québécoise», de «futurs employés bien formés», et bien sûr des incontournables poncifs «gel» versus «dégel».

La lecture attentive des plateformes électorales confirme cette impression : aucun parti politique ne s'interroge sur la vocation de l’éducation. Au mieux parle-t-on de mobilité sociale. Désormais, l'Université semble être considérée comme une simple antichambre du monde du travail, un centre d'apprentissage public qui permettrait aux entreprises de faire l'économie de la formation de leurs futurs employés. La tendance actuelle est d'associer les entreprises aux programmes universitaires, comme c'est le cas avec le campus Ubisoft ou le programme de gestion télévisuelle et cinématographique HEC-TVA.

À l'origine l'éducation devait aider l'individu à s'affranchir intellectuellement, à sortir de son état d'ignorance -éducation vient du latin ex ducere, conduire hors de-. D’enfant, l’individu devenait un citoyen éclairé, et donc critique.

Désormais, l'objectif semble tout autre, l'éducation ne constituant qu'un outil de plus pour soutenir la croissance économique. Il ne s'agit pas de blâmer la création d'emplois qu'assure une bonne éducation, mais plutôt de regretter qu'indépendance économique et indépendance d'esprit aient été dissociés.

Personne, mis à part les intéressés, ne semble s'inquiéter de l'état de la recherche en lettres et sciences humaines. Dans le livre blanc d’UdeM 2010, le vice-recteur Frémont explique que «la recherche est socialement valorisée quand ses répercussions sont concrétisées par une exploitation productive en partenariat». On imagine déjà les professeurs de philosophie ou d’histoire réfléchir aux entreprises qui seraient intéressées par leurs sujets de thèses et de mémoires.

Lors de la présentation dudit livre blanc en Assemblée universitaire, les professeurs présents ont fait part de leur inquiétude, notamment à propos de l’absence de politiques de publications. C’est sûr qu’imprimer des livres qui ne seront achetés que par une poignée de spécialistes ne répond guère aux exigences de productivité désormais à l’œuvre dans les universités. C’est dommage. D’autant plus que les décideurs politiques semblent ignorer ces questions, trop préoccupés à débattre du cours de la bourse universitaire.

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