Les candidats indépendants et les tiers partis travaillent dans l’ombre. Le manque de financement et le peu d’attention médiatique constituent pour eux des défis de taille. Ils soutiennent que leurs efforts ne sont pas vains et que le jeu en vaut la chandelle.
Antoine ST-AMANDLe 17 septembre prochain, les électeurs d’Outremont se rendront aux urnes pour les élections fédérales partielles. Douze candidats se présentent. Aux côtés des grands partis traditionnels et de leurs machines électorales bien huilées, des candidats méconnus tentent de prendre place dans la lutte.
Le financement d’une campagne électorale est un véritable casse-tête pour ces candidats sans grands moyens. François (Yo) Gourd, qui se présente sous les couleurs du parti Néorhino, en sait quelque chose. Il a dû emprunter l’argent d’un ami pour financer sa campagne. « Nous n’avons pas de moyens financiers. Notre parti est constitué de bénévoles », indique-t-il. En vertu de la Loi électorale du Canada, chaque candidat doit verser une somme de 1000 $ pour se présenter à une élection fédérale. Ce montant est remboursé après le scrutin. Quoi qu’il en soit, l’argent se fait rare chez les prétendants. La plupart ne dépense à peu près rien pour leur campagne. « Les donations sont rares », signale Mahmood Raza Baig, candidat indépendant dans Outremont. Et ce n’est qu’un des éléments qui jouent contre eux.
Difficultés à se faire entendreLe peu d’attention médiatique est un autre facteur qu’ils doivent prendre en considération. Un seul des candidats mineurs - M. (Yo) Gourd - avoue avoir été approché par un média. Une situation frustrante que résume M. Raza Baig : « nous sommes ignorés et cela est inacceptable dans une démocratie ». Pour y remédier, ils sont obligés de trouver d’autres moyens pour se faire entendre. À titre d’exemple, M. (Yo) Gourd attire l’attention par son sens de l’humour et du spectacle, ainsi qu’en multipliant les calembours dans son discours. L’approche fonctionne : Le Devoir leur a accordé un article le 20 août dernier. Quant à Romain Angeles, candidat indépendant dans Outremont, il aborde les citoyens dans la rue, tout en faisant circuler des brochures. Tous les deux misent également sur le potentiel d’Internet, où l’on peut retrouver leur programme.
Le candidat de Néorhino avoue être peu intéressé par les programmes électoraux des grands partis. M. Angeles rejette l’idée même des partis politiques qui selon lui barrent la route aux petits candidats qui tentent de se démarquer. Il propose que l’État finance la campagne des citoyens désireux de se présenter aux élections. Une question d’égalité des chances, selon M. Angeles.
Réussir, oui mais…
Hors des partis traditionnels, point de salut ? Les chiffres sont révélateurs. Des 308 députés siégeant actuellement au parlement canadien, un seul candidat fut élu en tant qu’indépendant, André Arthur, député de Portneuf-Jacques-Cartier au Québec. Toutefois, M. Arthur connaissait l’univers médiatique, ayant lui-même été un animateur de radio pendant une trentaine d’années. L’histoire est la même pour la 38e législature, où l’on recense un seul candidat indépendant élu, Chuck Cadman, député de Surrey-Nord, à Vancouver. Ce dernier étant tout de même ancien membre de partis politiques comme le Parti réformiste du Canada.
Ces candidats sont conscients qu’une défaite électorale s’avère des plus probables. Pourtant, ils refusent de jeter l’éponge. M. Angeles assure que « ses idées valent quelque chose et qu’il doit aller jusqu’au bout pour se faire entendre ». Il ajoute que le fait d’être opposé aux partis politiques et de se présenter comme indépendant démontre au citoyen que d’autres façons de faire de la politique sont possibles. M. (Yo) Gourd confirme : « On veut prendre la parole, mais pas nécessairement le pouvoir. » Toutefois, le coloré candidat ne perd pas espoir, ayant pour objectif de récolter environ 40 % des suffrages. Ni plus ni moins. À cet effet, il espère recueillir le vote des « électeurs désabusés » et de « ceux qui n’ont pas voté lors de la dernière élection [un peu plus de 25 000 personnes] ».
Dans Outremont, lors des élections générales de 2006, l’indépendant Eric Roach Denis avait récolté 0,24 % des voix, obtenant le meilleur résultat parmi les candidats de moindre envergure. En fin de liste, Régent Millette amassa 0,05 % des voix. Deux tiers partis, le Parti progressiste canadien et le Parti marxiste-léniniste, et quatre candidats indépendants avaient pris part au scrutin.