Clair obscur
Chaque session, les étudiants paient une cotisation à la FAÉCUM. À raison de 10 $ par étudiant, la somme s’élève à environ 330 000 $ par session. Lorsque vient le temps de discuter de l’utilisation de ce montant et d’adopter le budget, tout se déroule à huis clos. Il est même impossible d’avoir une copie du budget et des procès-verbaux. Pourquoi tant de discrétion ? Pour éviter que ces informations ne tombent entre de mauvaises mains, répond-on à la FAÉCUM.
Alexandre CAYLA
Les étudiants ont-ils le droit de savoir comment est dépensé leur argent ? Oui, répond Vincent Ranger, coordonnateur aux affaires universitaires de la FAÉCUM, qui s’empresse d’expliquer que les chiffres ne sont pas hors de la portée des étudiants : « Il ne faut pas oublier que les étudiants de l’Université de Montréal appartiennent à une fédération. Ils doivent passer par leur association étudiante s’ils veulent avoir accès aux chiffres ». De plus, il y a une nouveauté cette année : il est possible de consulter les chiffres représentant les grands postes budgétaires en faisant la demande auprès du coordonnateur aux finances et aux services. « On va les sortir pour l’étudiant et il va y avoir quelqu’un pour répondre à ses questions. Il n’a qu’à le demander », explique M. Ranger.
L’an dernier, Guillaume Beauvais, étudiant en science politique, a essayé d’avoir accès au budget. Il avait fait une demande d’accès à l’information, mais comme la FAÉCUM n’est pas un organisme public, elle n’est pas assujettie à cette loi : la demande de l’étudiant n’avait donc pas abouti. « Je suis content d’apprendre qu’on peut maintenant avoir accès à une partie de l’information, mais ce n’est pas avec huit chiffres que l’on va être capable de se faire une bonne idée de ce qui se passe à la FAÉCUM », déplore-t-il avant d’ajouter : « qu’est-ce qui me dit que, l’an prochain, ce ne sera pas un retour à l’ancienne philosophie ? Il y a beaucoup de fraudes dans le mouvement étudiant et on ne peut pas savoir ce qui se décide si on n’a pas accès au budget ou aux procès verbaux ».
Lorsqu’il s’est fait élire, Vincent Ranger avait dit vouloir rendre la FAÉCUM plus transparente. Près d’un an plus tard, il estime ne pas avoir oublié ses engagements. « Il ne faut pas dire n’importe quoi : le budget est vérifié chaque année par un comptable et il y a un conseil d'administration (CA) qui a pour seule tâche de surveiller le bureau exécutif et le budget. Le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas de balises à l’heure actuelle. Alors, on donne accès à une partie des informations pour l’instant. On devrait parler de cette question à la fin du mois de mars, lors du congrès ». En effet, lors du prochain congrès, les représentants étudiants seront appelés à se prononcer sur une politique d’accès à l’information concernant la FAÉCUM.
La responsabilité aux étudiants
En effet, même si les associations étudiantes sont encadrées par une loi, il n’existe presque aucune disposition sur la diffusion des informations et sur leur disponibilité. « L’objectif de la loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants, c’est de forcer les institutions d’enseignement à reconnaître les associations que se sont données les étudiants. Elle indique surtout de la procédure à respecter pour se faire accréditer auprès du gouvernement », explique Michel Jacques, vice-président aux affaires universitaires de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Guy Major, agent d’accréditation au ministère de l’Éducation, précise : « C’est vrai, mais en vertu de l’article 27 de la loi, les associations sont tenues envers leurs membres des mêmes égards que n’importe quelle compagnie, c’est-à-dire avoir un CA et produire un rapport d’activité qui sera soumis à ses membres à chaque année ». Or, lorsqu’il s’agit d’un regroupement ou d’une fédération, les membres sont les associations étudiantes. C’est donc à ces dernières de diffuser ou non l’information à leurs membres.
Quand on se compare, on se désole
À l’UQÀM et à McGill, il est très facile d’avoir accès aux documents de nature financière et aux procès-verbaux. En effet, l’AFESH-UQÀM entend mettre sous peu toutes ces informations sur son site Internet. Les procès-verbaux y sont déjà, mais les informations de nature financière se font attendre. « On devrait les mettre bientôt sur le site », assure Alex Desrochers, externe de l’association. « Le problème, c’est qu’on a pas de responsable des finances et avec la mobilisation actuelle ce n’est pas notre priorité », précise-t-il.
À McGill, tous les chiffres de la Student Society (SSMU) sont disponibles en ligne, par contre, si l’on veut des clarifications, il faut les demander. « Dès que quelqu’un les demande, on les donne puisque ces informations sont publiques. Alors, dès que les budgets sont adoptés, tous peuvent en prendre connaissance », explique Imad Barake, vice-président aux finances et aux opérations. On peut ainsi apprendre que les revenus estimés de l’exercice 2007-2008 de la SSMU s’élèvent à 3 094 944 $ et les dépenses à 3 044 996 $, terminant l’année financière avec un surplus de 49 947 $.