Retraite virtuelle

Normand Forgues-Roy, Photo : Marie-Soleil Desautels

Madame Edgar ferme ses portes

par Normand FORGUES-ROY
Photogarphie Marie-Soleil DESAUTELS

Madame Edgar, la boutique/galerie de peluches et de figurines d’art située sur la Plaza St-Hubert, n’est plus. Après deux ans, la Madame s’installe sur Internet pour diffuser principalement les œuvres de Mélanie Baillargé, la jeune femme qui se cache derrière cette galerie à présent virtuelle.

«Je voulais avoir un cirque !», s’exclame la jeune femme avant de préciser un peu la mission de la boutique/galerie Madame Edgar. «L’idée était de déstabiliser les gens, autant par les employés que par les produits en boutique, pour les amener ailleurs et les rendre un peu heureux.»

Cet objectif n’ayant pas été atteint aux yeux de la jeune artiste, la boutique a fermé ses portes en décembre dernier, entre Noël et le jour de l’An. «Je ne suis pas une boutiquière», explique la designer, qui a réalisé que la boutique a pris le pas sur la galerie. «On vendait surtout les produits tenus en boutique, plutôt que les pièces plus rares exposées en galerie». En décembre, après y avoir réfléchi, elle a pris la décision de fermer ses portes. Une décision personnelle avant tout, où l’argent n’a rien à voir : «On avait atteint le seuil de rentabilité en six mois; c’est simplement que ce n’était pas ce que j’avais envie de faire.»

C’est l’exposition Amour Chiffon qui lui a permis de constater avec tristesse que les gens n’étaient peut-être pas assez réceptifs: «On vendait juste des Ugly Dolls. C’est bien, les Ugly dolls, mais il y en a d’autres, comparables, qu’on arrivait pas à vendre. C’est sûr que les Ugly dolls ont reçu un gros coup de pouce avec le film Zathura (voir encadré).» C’est un peu comme si l’idée de départ n’avait pas porté fruit.

Les débuts de Madame
Pour Mélanie Baillargé, l’ouverture de la boutique a été la réalisation d’un rêve d’adolescence : «À quatorze ans, je rêvais déjà de Madame Edgar. J’avais hâte d’être adulte pour savoir comment faire! Il n’y avait pas encore de stand aux Tam-tam, à l’époque, sinon j’y serais allée.»

En 2004, alors qu’elle dirige M. Edgar, un atelier de communication visuelle, elle passe devant un local vacant avec Francisco Sottolichio, son ancien partenaire. C’est le coup de foudre et c’est comme ça que Madame est née. «On pouvait avoir Madame Edgar au rez-de-chaussée et M. Edgar à l’étage, les deux membres du couple faisant bien sûr chambre à part.» Ils participent alors à un concours du Comité d’employabilité et de développement économique communautaire (CEDEC) de Rosement/Petite-Patrie et remportent une bourse de 10 000$ pour s’installer sur la Plaza St-Hubert. L’affaire est lancée. Un peu prématurement toutefois. «Ce qui était prévu à la base, c’était d’abord le site Internet, pour diffuser mes peluches et mes figurines. Par la suite seulement la boutique/galerie devait ouvrir ses portes.» C’est donc un retour sur ses pas que la designer effectue.

Et maintenant? «Il me reste comme un espèce de doute que ce ne soit peut-être pas la bonne décision, de fermer la boutique. Mais ça va laisser la place à d’autres», dit-elle avant d’ajouter que si c’est «triste pour les gens que je diffuse, c’est une bonne décision pour moi» . Pour la suite des choses : les États-Unis? Toronto? Paris ? Montréal? Mélanie Baillargé s’interroge avec un haussement d’épaules mi-triste mi-serein, qui rassure. Madame Edgar n’est pas morte, elle change simplement de résidence.

www.madamedgar.com

Ceci n’est pas un toutou
Popularisées par l’événement Plushyou! (une exposition annuelle organisée depuis 2005 chez Schmancy, une designer de peluches de Seattle), les peluches telles que vendues par Madame Edgar sont le fruit de la rencontre entre le mouvement Arts and Crafts américain et les moyens de production industriels. Parfois objets d’art, parfois marchandises artisanales, les peluches varient avec l’imagination des designers qui les conçoivent : des spermatozoïdes de Zupton au Smoking Labbit (un lapin avec une pipe) de Kozik en passant par l’épicerie de Mélanie Baillargé (divers fruits et légumes en peluche)… Les plus célèbres sont peut-être les Ugly dolls, qui apparaissent à plusieurs reprises (un placement de produit) dans la superproduction hollywoodienne Zathura, sorti en 2005, où un des gamins porte un t-shirt Ugly dolls et où une des peluches devient un élément du film. S’il y en a pour tous les goûts, les amateurs sont surtout… des amatrices, selon Mélanie Baillargé : «C’est surtout les filles qui achètent les peluches, les vinyles (les figurines) c’est plus pour les gars.»

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