par Marie-Michèle GIGUÈRE
L'intrigue du plus récent roman de P.J. Poirier est campée à Sudbury, ville grise des mines de nickel, en Ontario. Des tractations syndicales et amoureuses s'y déroulent autour d'Hector Lapierre, ingénieur fraîchement arrivé du Québec, alors qu'une grève affecte son entreprise : la Falcon Mines.
Afin de faire fonctionner l'usine, dont les grévistes bloquent l'accès, les cadres se relaient. Ils accèdent à l'usine par hélicoptère et y vivent nuit et jour durant une semaine. Ils se retrouvent ainsi pris dans un huis clos surprenant, où se mêlent les négociations pour la vente de la Falcon Mines à un géant américain et les chroniques de ces hommes à la recherche de divertissement durant les longues nuits passées au bureau. Hector deviendra rapidement une ressource pour ses collègues et ses supérieurs – d'abord parce qu'il peut, croit-on, faire valoir les atouts d'une éventuelle fusion de l'entreprise auprès de l'Assemblée générale, mais aussi parce qu'il sait comment désactiver le pare-feu des ordinateurs en plus de connaître quelques sites Internet intéressants contre la froideur des nuits d'hiver.
Lorsqu’il n’est pas confiné aux édifices de la Falcon Mines, Hector tente de trouver le temps de rencontrer le prêtre avec sa copine Marie afin d’organiser leur mariage, et de profiter du passage de son frère Napoléon, qui lui fait la surprise de sa visite à Sudbury. L’usine, pourtant, n’est jamais très loin…
Falcon Mines offre un paysage gris et industriel, qui sied parfaitement à cette intrigue froidement réaliste, où mondialisation et syndicalisme sont dépeints avec un certain naturalisme. Les différences – de même que les différents – entre l'Ontario et le Québec, les ambitions matrimoniales d'une femme et l'indifférence de son amoureux y apparaissent aussi dans toute leur troublante banalité. Fascinant.
Falcon Mines, P.J. Poirier, Éditions Marchands de Feuilles.