Kamal compte les pièces de monnaie sur la banquette arrière de la voiture avant que celle-ci ne s’arrête à un autre point de vente des magazines de Killid Media. Ici, le commerçant lui en prend six; l’autre, un peu plus loin, seulement trois. Et le distributeur continue son chemin à travers la ville et la poussière, la frénésie urbaine et cette délicate odeur de danger.
Chroniques afghanes, présenté ces jours-ci au Cinéma ONF, pose son regard sur le quotidien des résidents de Kaboul, par le biais des occupations de quelques employés de Killid Media, un groupe de presse formé d’une station de radio et de deux magazines. Kamal est des leurs. C’est lui qui parcourt la ville avec les magazines pour les distribuer aux commerçants, et qui connaît les détours pour éviter les points de contrôle qui pourraient lui faire perdre du temps. Marzia, elle, est journaliste. Elle sillonne Kaboul pour faire des entrevues, mais aussi pour convaincre des femmes de lui en accorder, ces dernières étant plutôt réticentes. Ces gens, le photographe et réalisateur Dominic Morissette les a rencontrés lors des nombreux voyages en Afghanistan qu’il a effectués au cours des dernières années. Et il a décidé de les magnifier avec sa caméra.
Chroniques afghanes est donc un témoignage éminemment personnel. Pourtant, la narration hésite, cumulant les allers-retours entre une forme plus traditionnelle et un regard qui lui soit singulier. Et c’est ce regard, plus impressionniste que descriptif, qui lui sied le mieux. On aurait d’ailleurs apprécié que la narration adopte pleinement ce point de vue – les intermèdes informatifs s’écartant trop peu de ce que relaient les médias traditionnels. C’est qu’il était périlleux de s’attaquer à un sujet si couvert. Si le cinéaste réussit habilement à mettre un visage sur les citadins de Kaboul, qui vivent dans l’exaltation et la peur, le film peine parfois à s’éloigner de l’image que nous renvoient les reportages journalistiques qui abondent depuis quelques années sur le sujet : ce climat tendu, ce quotidien marqué tant par les obstacles que par les petites réussites, par les craintes et par l’espoir.
Les images de Kaboul, dont la population s’est accrue de manière fulgurante au cours des dernières décennies, elles, se démarquent avec brio. Enfin, on perce cette ville intrigante; enfin, on en palpe l’exaltation : le sable des rues, l’effervescence et les dangers prennent forme sous nos yeux. Bref, si le propos de Chroniques afghanes est parfois inégal et aurait mérité un traitement plus original, les images, elles, valent le détour.
Chroniques afghanes, de Dominic Morissette, au Cinéma ONF, 1564 rue Saint-Denis, du 4 au 8 mars, à 19h. Deux des courts métrages produits par les Afghans seront présentés avant le film.