
Martin Laroche réalise La Logique du Remords
par Valérie MANTEAU
Les Rendez-vous du Cinéma québécois (RVCQ) présentent, le 19 février, La Logique du remords, un face à face machiavélique entre un psychopathe et sa victime, ou plutôt, entre un père et l’assassin-violeur de sa fille de cinq ans. Un film torturé, réalisé sans subvention par Martin Laroche, un jeune Sherbrookois passionné de littérature et de philosophie.
De l’avis de tous ceux qui ont eu l’occasion de le voir aux festivals de Toronto, de Rouyn-Noranda ou des Films du Monde de Montréal, La Logique du remords est un thriller haletant qui frôle parfois l’insupportable. Martin Laroche avoue avoir été surpris de la violence de certaines réactions dans le public – quelques sorties de salle, un évanouissement – mais se défend de toute violence gratuite : « Le film raconte comment un homme peut en venir à commettre l’horrible, sans éprouver de remords. C’était nécessaire de le montrer à l’écran. Mais il n’y a qu’une scène, celle des ongles, qui soit vraiment trash ». Reste que le spectateur passe 85 minutes dans un suspens éprouvant, mais qui n’écarte pas, au contraire, la réflexion qui est à l’origine du film : « la science est une théorie nihiliste : plus elle avance moins on existe. » Martin Laroche raconte avoir eu l’idée du film à la lecture d’un livre expliquant que, chez certains psychopathes, ce qui permet de commettre les pires crimes est la simple défaillance d’une zone du cerveau qui régit le remords. Le titre, La Logique du remords, s’explique par le fait que : « la logique est le contraire de l’Humanité. Si même des émotions aussi essentielles que la compassion sont réglées comme des machines, qu’est-ce qu’on est de plus ? »
Par delà le Bien et le Mal
L’identité est un motif lancinant du dialogue qui noue les deux personnages, qui tend parfois à la psychanalyse. Martin Laroche raconte d’ailleurs avoir été abordé par une psychologue, à la fin d’une projection, qui l’a félicité de la justesse de son personnage du pédophile. La nature humaine est une question clef : « tu n’es pas une tueuse », entend-on affirmer au début. Or, l’une des conclusions les plus fortes du film est qu’il n’existe pas d’essence du Mal, mais qu’il peut concerner n’importe qui. Plus inquiétante encore, l’idée que la science et la culture peuvent laisser une porte ouverte sur la barbarie : c’est un intellectuel, lettré, qui s’adonne dans le film aux pires cruautés, tout en bouquinant Les âmes grises, de Philippe Claudel – un roman au titre évocateur. Âme grise, aussi, celle du violeur, même si on aimerait le croire simplement fou. « Il avait pensé à prendre un condom, pour ne pas laisser de trace du viol et se faire innocenter. C’est donc qu’il l’avait prémédité », raconte le cinéaste. Toujours dans l’ambivalence, le film se refuse à tout manichéisme. Entre un père devenu inhumain par la douleur, et un criminel pédophile humanisé par l’amour et la souffrance, on cherche, en vain, à justifier l’un ou l’autre. Pour achever de brouiller les pistes, l’affaire tombe dans une impasse judiciaire et laisse le conflit sans arbitre. « J’ai quand même voulu mettre une note positive, précise Martin Laroche, en évoquant les derniers mots du film, avant d’éclater de rire : bon, ok, c’est après la mort, mais là, au moins, il fait chaud ».
100 % indépendant
La logique du remords sera présenté aux RVCQ, dans la catégorie 100 % indépendants. Parmi ceux-là, Martin Laroche fait figure d’extrême : son film a été réalisé avec une exceptionnelle économie de moyens. Il participera à ce titre à un 5 à 7 sur le thème « faire un film sans subvention ». « Mais je serai avec des gens qui ont fait des films avec un budget minimum de100 000 dollars. Moi, c’est 3 500 », précise-t-il en avouant qu’il préférerait parler du film plutôt que, toujours, « du gars qui a fait un film avec 3 500 piasses ». Il espère avoir plus de marge pour faire son prochain film, même si les subventions tardent. Il a déjà un projet. « Je voudrais faire un film sur la paranoïa post- 11-Septembre, "arabe égale terroriste". Mais j’ai demandé à tourner à la Place Ville-Marie et au Complexe Desjardins. On m’a dit non, parce que la sécurité a peur que ça donne des idées aux terroristes ! Alors que c’est exactement cette réaction que je dénonce… », dit-il en riant jaune de l’ironie de la situation. »
La logique du remords, mardi 19 février, 17 h 15 à la Cinémathèque québécoise.
5 à 7 « produire un long métrage sans subventions », vendredi 15 février.