Cher M. Harper,
Je profite de la chance que j’ai de pouvoir occuper cette page pour vous faire part de mes préoccupations et celles de gens autour de moi ou que j’ai rencontrés par le passé. Je suis inquiète. Et je ne suis pas la seule.
Ayant beaucoup voyagé et rencontré des gens des quatre coins du monde, il m’est possible de constater un triste fait : l’image positive que les Canadiens ont toujours projetée à l’étranger s’effrite.
Lorsque le Parti conservateur est arrivé au pouvoir en février 2006, l’inquiétude dans la population, la société civile et même chez de hauts dirigeants était palpable. L’on craignait, entre autres, une harmonisation de la politique étrangère canadienne avec celle des États-Unis. Presque deux ans ont passés depuis et cette crainte s’est avérée justifiée.
Pourquoi ne voulons-nous pas être comparés aux Américains ? J’ose espérer que vous savez (bien que George Bush, lui, semble jouer à l’autruche) que le peuple étasunien est détesté, voire haït à travers le monde ? Un Américain qui voyage en Europe, en Afrique ou en Amérique latine se fait regarder avec dédain s’il a le malheur de dire d’où il vient. Entendre un « Fucking americans » ne surprend plus de nos jours…L’une des causes principales de cette grogne mondiale contre nos voisins du Sud est l’entêtement de leurs gouvernements (pas seulement Bush) à s’ingérer dans les affaires des autres (avec ou sans l’accord des principaux intéressés). L’occupation américaine durant la guerre au Vietnam et celle en Irak sont un exemple parmi tant d’autres. Leur principale justification ? L’instauration de la meilleure façon, selon eux, de gouverner un pays : la démocratie. Ils donnent ainsi l’impression d’avoir le monopole de l’unique « juste manière » de faire les choses. (Nul besoin d’entrer dans un débat intarissable sur les limites de la démocratie qui n’est point le but de cette lettre.)
De plus, saviez-vous que des Américains se font passer pour des Canadiens lorsqu’ils voyagent à l’étranger, par peur – ou par honte – d’afficher leur vraie couleur ? Plus pour longtemps car plusieurs mettent maintenant les Canadiens et les Américains dans le même panier.
Où sont passées les valeurs qui nous différenciaient de nos voisins ? Où est l’héritage de Lester B. Pearson ? Notre réputation de pays empathique, honnête et portant secours à ceux qui sont dans besoin est en train de disparaître parce que vous vous êtes écarté des valeurs canadiennes pacifistes qui orientaient nos politiques de relations internationales.
Ce n’est pas à Louise Fréchette, David Suzuki, Michaëlle Jean (ou Céline Dion) de redorer le blason du Canada à l’étranger. Bien que nous soyons tous ambassadeurs de notre pays à l’extérieur, ne nous laissez pas le fardeau de promouvoir seuls la paix et l’entraide qu’on nous connaît capables de véhiculer
Finalement, vous avez déclaré, lors de votre visite officielle en Australie du 8 au 11 septembre 2007 - dans le cadre la 15e réunion des dirigeants de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) -, que le mission canadienne en Afghanistan est « une cause noble et nécessaire ». Tuer des gens n’est PAS « noble » et ne devrait pas être « nécessaire », les aider à reconstruire leur pays sans avoir recours aux armes et à la violence l’est par contre. Lorsque vous ferez votre discours du trône, le 16 octobre prochain, vous devrez rectifier le tir. La mission canadienne en Afghanistan, si elle perdure après février 2009, doit être réorientée.
Je n’ai pas envie, un jour en voyageant, d’hésite à dire que je suis Canadienne…