Le débat sur les frais de scolarité universitaires est bel et bien lancé. Avec la campagne électorale qui bat son plein, ce ne sont pas exclusivement les partis politiques et les associations étudiantes qui se prononcent sur la question, nombre d'organisations ayant aussi pris position. Survol.
Stéphane WAFFO
Pour Jean Charest, le gel des frais des scolarités est une solution qui «ne sert ni les étudiants, ni les institutions, ni le Québec». Cette vision est partagée par Patrick Leblanc, du Conseil du patronat du Québec (CPQ), qui va même plus loin : «Il devrait y avoir une libéralisation [des frais de scolarités] et pas nécessairement une hausse». La préoccupation majeure de l’organisation est d’avoir à la disposition de ses membres une main-d'œuvre qualifiée et compétente, le but ultime étant «la création de richesse et de mieux-être». M. Leblanc croit qu’il faut absolument que l’université soit bien financée et pour cela, «il faut revoir la part des étudiants».
Même son de cloche du côté de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM). Pour cette organisation, l’idée est de mobiliser les trois principaux acteurs concernés : «réinvestissement» du gouvernement, dégel des frais pour les étudiants, le tout accompagné d’un «soutien accru» de la part de la communauté des affaires.
Participant en 2004 à la Commission parlementaire sur la qualité, l'accessibilité et le financement des universités, l’Institut économique de Montréal (IEDM) soutenait déjà la nécessité de dégeler les frais de scolarités. Pour Norma Kozhaya, économiste à l’IEDM, la hausse des frais de scolarités et l’accessibilité aux études sont deux choses bien différentes et pas nécessairement liées. «Il n'y a aucune relation directe entre droits de scolarité et taux de participation aux études universitaires», déclarait-elle lors de sa présentation devant la Commission. La solution proposée est d’assortir le dégel des droits de scolarité «d'une amélioration de l'aide financière». La démarche serait de s’assurer que l’étudiant compétent et qualifié «ne soit pas empêché pour des raisons financières».
Tout comme l’IEDM, l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) a publié en janvier 2007 une étude sur la question. Pourtant, pour Phillippe Hurteau, chercheur à l’IRIS, la hausse des frais de scolarité n’est pas une solution viable. Il soutient que «l’abolition des frais de scolarité est économiquement viable et plus équitable au plan social». En prenant l’exemple du modèle des cégeps, il démontre qu’augmentation de l’accessibilité et frais de scolarités très bas sont liés : «Lorsqu’on réduit les frais de scolarité, cela entraine une augmentation de l’accessibilité», ajoutant qu’il ne s’agit que d’une question de volonté politique.
Femmes et retraités unis dans la glace
D’autres groupes et organisations militent contre le dégel des frais de scolarité, chacun dans une optique particulière. Pour la Fédération des femmes du Québec (FFQ), l’accessibilité est une question primordiale. Ainsi, la FFQ tient à rappeler que «l'accès à l'éducation» a permis, en partie, «de faire des avancées majeures en matière d'égalité». Sa présidente Michèle Asselin estime que c’est la «responsabilité des gouvernements provincial et fédéral de financer davantage nos universités». Selon elle, «le fait d’augmenter les frais de scolarité risque d'entraver sérieusement l'accessibilité aux études»
Du côté de l'Association québécoise des retraité(e)s des secteurs public et parapublic (AQRP), il s’agit avant tout «d’une question d’équité entre les générations ainsi que du maintien de divers acquis». Forte de 21 000 membres provenant des gouvernements du Québec et du Canada, des sociétés d'État et des municipalités du Québec, l’AQRP compte ainsi faire pression auprès du prochain gouvernement afin de maintenir le gel.
C’est une volonté identique qui anime la Fédération québécoise des municipalités (FQM), une organisation qui représente près de 920 municipalités. L’intérêt que porte cette fédération au dossier du financement de l’éducation est simple, rappelle Dany Rousseau, un de ses représentants : «C’est par rapport aux collèges et cégeps qui contribuent de façon importante aux régions». Pour la FQM, il est important «qu'un prochain gouvernement s'investisse dans l'amélioration de l'accessibilité aux études en région» car ceci permettrait «de relever les défis démographiques, sociaux et économiques qui attendent les régions du Québec».
En somme, même s’ils divergent sur le mode de règlement, les différents lobbys québécois partagent une même préoccupation : le sous financement chronique des universités doit être rapidement combattu.