Lecture
Marie-Michèle GIGUÈRE
La distance qu’impose la caméra entre le cinéphile et les protagonistes d’un récit permet tantôt une distance empreinte de poésie, tantôt une proximité qui sert l’intrigue. Dans La Belle et le hautbois d’Armand de François Magin, étonnant objet littéraire, roman-film parsemé de références au septième art, la caméra qui fait office de narrateur - où est-ce l’inverse, allez savoir - prescrit pour sa part un certain détachement et une douce dose d’humour. En effet, comment ne pas sourire devant la détresse des personnages, lorsque les ficelles de l’intrigue dans laquelle ils se mêlent – et s’entremêlent – nous sont si drôlement ( et adroitement) dévoilées.
Si les péripéties des personnages du roman soutirent parfois un mince éclat de rire, c’est aussi qu’ils sont tous dessinés d’habiles traits gras : les brutes, caricaturaux à souhait, mafieux sombres et costauds dirigés par un richissime malfrat, pourchassent une jeune actrice porno, aidée dans sa cavale par un écrivain suicidaire, accessoirement joueur de hautbois. Comme il se doit, dans la plus pure tradition des films à intrigue – affirmation certes discutable, mais bon, ici on discute littérature –, maints détails sont amenés à notre attention sans que l’on sache à quelle fin : pourquoi sommes-nous en Provence ? Pourquoi Armand cache-t-il un revolver dans son bureau ? Et Nathalie, l’actrice, pourquoi refusait-elle de parler le russe, sa langue natale ? Petit à petit, les morceaux du casse-tête se placent, dans la plus pure tradition cinématographique. Ou presque.
La Belle et le hautbois d’Armand est l’une de deux premières parutions de la toute récente collection Texture, de chez Hurtubise HMH, qui nous promet des auteurs dont la plume a du relief. L’univers surprenant de François Magin, à la fois habilement et étrangement narré, donne envie de découvrir les futures perles que saura révéler cette collection que dirige François Couture, fondateur des Éditions de l’Effet pourpre. Car il y a quelque chose de réconfortant dans l’idée de retrouver à une même enseigne, non pas une même mise en page, une même calligraphie – celles de Texture sont certes très agréables dans leur facture épurée – mais une idée maîtresse, une mission ou une conception de la littérature. C’est ce qui nous permet, après quelques rencontres agréables, d’attraper un livre les yeux fermés, vierge de toute critique, pour le pur plaisir de la découverte.
François Magin, La Belle et le hautbois d’Armand, collection Texture, Éditions Hurtubise HMH.