C’était il y a deux ans, presque jour pour jour. Nous étions 100 000 dans les rues de Montréal à protester contre les coupures dans l’aide financière aux études faites par le gouvernement provincial. Nous scandions des slogans parfois absurdes. Nous croyions que nous allions changer le monde. Que plus jamais, les étudiants – et, par extension, les jeunes – ne seraient pris pour une quantité négligeable que l’on peut «barouetter» sans trop de conséquences politiques. Dans les rues, sur Internet, dans les journaux, nous criions : Charest, on va s’en souvenir des 103 millions.
Notamment, le jour des prochaines élections.
Mais voilà que ce jour qui semblait si lointain en 2005 point à l’horizon : le jour du souvenir, c’est le 26 mars. Nous souviendrons-nous? Le taux de participation des jeunes aux élections atteint des niveaux abyssaux. Or, il sera inutile d’avoir une pensée pour les 103 millions en écoutant les résultats des élections à la télé si nous n’avons pas voté. Alors, tous ces «Nous nous souviendrons» n’auront été que des paroles vides : les partis politiques en prendront bonne note et, lorsque viendra le temps de sacrifier un groupe de citoyens à l’autel du budget, il sera facile de choisir les jeunes ou les étudiants, puisque ces derniers ne sont même pas des électeurs qu’il faut satisfaire sous peine d’en pâtir aux prochaines élections. Il ne s’agit pas de dire : Souvenez-vous de 2005 et ne votez pas pour le Parti libéral du Québec. Plutôt : Souvenez-vous de 2005 et votez. Point
Le problème avec le mouvement étudiant – et c’est peut-être davantage un problème avec les gens en général, ou les jeunes, ou les Québécois – c’est qu’il n’est que réactif. Impossible de nous mobiliser autour d’une requête, d’une demande, pour aller au-delà du statu quo. Impossible de nous mobiliser, à moins qu’on ne nous ait tapé dessus – fort. Au cinquième ou sixième coup, peut-être protesterons-nous enfin. Il sera déjà trop tard : on nous demandera de faire des compromis, on nous traitera d’enfants gâtés et on ne reculera que d’un ou deux coups. Ça aura quand même fait mal, ça laissera quand même des blessures profondes dans le système d’éducation québécois. Nous aurons quand même reculé, perdu au niveau de l’accessibilité ou de la qualité des universités.
J’ai vraiment cru à 2005 – aux changements sociaux, aux manifs, aux sit-in, aux occupations, aux actions symboliques, aux chansons, aux pièces de théâtre, aux manifestes, aux communiqués de presse, aux sourires de la FEUQ, aux cris de rage de l’ASSÉ. Mais si, après toutes les actions, nous n’avons été capables de n’aller chercher qu’un demi-gain, c’est peut-être que l’action politique «de rue» (un meilleur mot me manque) doit être doublée d’une action politique plus traditionnelle, le jour du scrutin. L’autre ne doit pas remplacer l’une, mais doit plutôt venir la soutenir et lui donner plus de légitimité.
Si nous voulons éviter un dégel des frais de scolarité, si nous voulons un réinvestissement en éducation, si nous voulons plus de profs – oui, il y en a moins qu’avant – plus de chargés de cours, plus d’auxiliaires d’enseignement. Si nous voulons moins de cours listés dans l’annuaire de l’Université sans qu’ils ne soient jamais donnés. Si nous voulons tout cela – et bien moins encore! – c’est maintenant ou jamais. Car, si nous votons, la prochaine fois que la colère nous fera sortir dans les rues, nous serons une foule d’électeurs. Si tu veux la paix, prépare la guerre, dit le proverbe romain. Si tu veux la paix, vote.
Appel à tous Quartier Libre veut connaître votre avis. Que pensez-vous des élections provinciales et de la campagne qui commence? Quels enjeux devraient occuper l’avant-scène de cette campagne? Voterez-vous aux élections du 26 mars? Si oui, pourquoi? Si non, pourquoi?
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