TOMÀS JENSEN
Quelqu’un d’autre
(GSI Musique)

Exit les Faux-Monnayeurs, Tomàs Jensen fait cavalier seul sur ce cinquième album. Il délaisse même la chanson festive au profit d’une musique plus riche, plus mature. Il n’y a pas à dire, Jensen est devenu Quelqu’un d’autre. Pour l’épauler dans ce changement de cap, l’Argentin d’origine a fait appel à l’éminent réalisateur François Lalonde (Jean Leloup, Mara Tremblay) qui participe aussi à plusieurs chansons tout comme d’autres musiciens chevronnés tels que Jean Derome, Olivier Langevin et Guido Del Fabbro. Le résultat est surprenant. Comme le jazz éclaté d’« Oublie », les rythmes électroniques de la pièce titre ou les punchs servis par les cuivres. Sans renier son passé musical, Jensen puise dans les musiques du monde pour colorer ses chansons avec percussions, accents latins et airs orientaux. On perçoit les traces de son ancien style dans « Montréal », « Presque rien » et « Ernesto ». Sans conteste, c’est la présence d’un orchestre à cordes qui sert de fil conducteur aux 13 morceaux de cet album, en plus d’en enrichir considérablement la texture. Côté lyrique, Jensen partage ses réflexions et ses critiques sur la religion, la vie, mais surtout sur l’amour. Le chanteur se livre de façon intime sur quelques pièces où il fait référence à une rupture amoureuse. Mais il sait également regarder les autres. Dans « Ah l’amour », il dépeint des relations amoureuses désastreuses, une sorte de tragicomédie qui n’est pas sans rappeler Jean Leloup. Bref, un album audacieux pour quelqu’un qui a fait sa marque avec des chansons festives et contestataires. Jensen s’en tire bien. (Nicholas LAVALLÉE)

BLACK MOUNTAIN
In The Future
(Jagjaguwar)

Avec un nom comme Black Mountain et un leader également membre des Pink Mountaintops, il est facile de croire que l’on propose ici une carte postale pittoresque de la Colombie-Britannique. Le groupe, dont certains des membres travaillent pour un organisme venant en aide aux gens de la rue de Vancouver, ne révèle pas explicitement l’origine de son nom. On murmure sur Internet qu’il réfère à une grande quantité de haschisch. Ce n’est peut-être donc pas un hasard si In The Future, son second album, évoque un voyage psychédélique au plus profond des tripes, sur fond de stoner rock, quoique bien nuancé. Les voix, alternant entre celles de Steve McBean et de Amber Webber, se fraient un chemin parmi les guitares explosives et l’orgue ultra-présent. Les membres de Black Mountain se révèlent être de la vieille école, si bien que l’on peut se demander pour blaguer s’ils ont tendu l’oreille sur ce qui s’est fait en musique depuis les trente dernières années. S’agit-il d’une réinterprétation de rock classique des années 1970 ou d’une démarche authentique ? Chose certaine, le groupe fait habilement dans un style plutôt délaissé. Mais était-ce nécessaire de produire ce pastiche ? Une hybridation avec un style plus contemporain aurait sans doute paru ridicule, bien que davantage intéressante. In The Future est peut-être un titre ironique, mais il s’agit d’un album dense, bien rempli – l’un des titres excède même les seize minutes – et très bien livré. (Julie BRUNET)


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