DE ROME À HANOI

Awa Dembele-Yeno

Catholicisme vietnamien


Par Awa DEMBELE-YENO


2006 marque la 27ème année d’existence de la communauté catholique vietnamienne de Montréal, les Saints Martyrs du Viêt-nam. Une goutte d’eau, comparé aux quatre siècles de catholicisme vietnamien, survivant aux cahots de l’histoire et à la pression exercée par l’actuel gouvernement communiste.

Montréal, dimanche 10h30, rue Bélanger. La nef est pleine, les retardataires debout, toutes les générations sont présentes. La liturgie se déroule en Vietnamien. En 1998, la communauté locale a été rebaptisée «Saints Martyrs du Viêt-nam» lorsque «le pape Jean Paul II a canonisé 117 martyrs Vietnamiens, étalés sur les trois à quatre siècles d’histoire du catholicisme dans le pays», explique Jean Baptiste Tranh-Son Dinh, abbé de la paroisse.

Au Viêt-nam, la cathédrale pagode dans la ville de Phát Diêm constitue un arrêt obligatoire pour les touristes férus d’architecture religieuse. Ce bâtiment est un symbole de pérennité pour la minorité catholique. Laurence Monnais-Rousselot, professeure agrégée au département d’Histoire de l’Université de Montréal, précise que la communauté existe depuis la fin du 16ème siècle ou le début du 17ème. «Actuellement, les catholiques constituent de 9 à 10% de la population vietnamienne, ce qui est considérable», indique-t-elle. Au 18ème siècle, une succession d’évènements houleux – tels la Querelle des Rites et la Guerre des Clans – ont affaibli le mouvement. Pour Laurence Monnais-Rousselot, cela s’est traduit par «un affaiblissement du mouvement de conversion, mais aussi par une persécution reliée à la volonté de la papauté d’imposer un catholicisme strict. Cependant, poursuit-elle, pour beaucoup, le catholicisme sera une réponse [à cette persécution]. Le mouvement reprendra donc de l’ampleur, malgré l’opposition politique du gouvernement».

Les conflits se sont poursuivis jusqu’à récemment, en dépit du Doi Mo ou Renouveau, c’est-à-dire l’ensemble des réformes économiques initiées par le gouvernement vietnamien il y a dix sept ans. Claire Cébron, coordonnatrice pour le Viêt-nam à Amnistie Internationale, estime que la récente vague de libéralisation est en une répercussion. Elle demeure néanmoins sceptique: «Il n’y a pas de liberté religieuse au Viêt-nam, clame-t-elle, car les temples et les églises sont ouverts, mais surveillés.» Toutefois, certains prisonniers religieux connus sur la scène internationale ont été libérés récemment. Mme Cébron explique que celles-ci s’expliquent notamment par le fait que «le pays fut l’objet de pressions internationales en raison de son adhésion prochaine à l’OMC». Toutefois, pour elle, «l’État est très fort pour criminaliser tout ce qui ne lui plaît pas. Il invoque très souvent l’atteinte à l’unité nationale ou l’opposition aux pouvoirs publics». Elle signale que cette logique s’applique autant à des groupes religieux qu’à toute personne dénonçant le fonctionnement du pouvoir et ce, en dépit des articles 69 et 70 de la constitution vietnamienne qui garantissent «les libertés d’opinion, de presse, de réunion, d’association, de manifestation et le droit à l’information conformément à la Loi» et «les libertés de croyance, de religion et le droit de pratiquer ou ne pas pratiquer une religion».


Épineuse tolérance


Parler de liberté religieuse au Viêt-nam demeure épineux. Notamment en raison du rôle central de l’État en tant qu’«instance d’autorité et de référence dans le champ des pratiques cultuelles», explique Monique Sélim, anthropologue à l’Institut de recherche pour le développement à Paris. Cependant, Mme Monnais-Rousselot estime que la tolérance religieuse s’est accrue depuis 1975, année de l’installation de l’administration communiste. À cette époque, «la religion n’avait pas droit de cité. Maintenant tout le monde peut aller à l’église sans craintes, ce qui n’a pas toujours été le cas… même si les prêtres sont toujours obligés de suivre des cours sur le marxisme-léninisme».



Querelle des Rites

En 1704, le pape Clément XI décide d’interdire la pratique de rituels ancestraux chez les catholiques asiatiques suite à plusieurs discussions à Rome sur le sujet. En Asie, cette décision entraînera la persécution des catholiques et l’interdiction de prêcher le christianisme.


Guerre des clans

En 1527, le Viêt-nam se sépare en deux royaumes, le Nord revient au clan des Trinh et le Sud au clan des Nguyên. En 1771, trois frères originaires du village de Tây Son, au Sud du pays, entament une révolte, qui se transforme en guerre civile menant au renversement à la fois des Trinh et des Nguyên.


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