Salle sans-papiers

Alexandra Roy, Illustration : Clément de Gaulejac

Fermeture du Main Hall
par Alexandra ROY
Illustration : Clément de Gaulejac

Le 21 juin dernier, la salle du Main Hall – située au deuxième étage du centre culturel Mile-End sur le boulevard Saint-Laurent – offrait son dernier spectacle. Depuis, la salle a fermé ses portes et les rumeurs courent sur les raisons d’une telle décision : plainte des voisins contre les nuisances sonores, absence de permis de spectacle ?


Le centre culturel Mile-End est en péril. Même s’il demeure ouvert, la majeure partie de son financement provenait des ventes du bar lors d’événements culturels et de concerts donnés au Main Hall. Or, il n’y en a plus depuis le 21 juin dernier.

Depuis 2004, le Main Hall dérogeait à la réglementation d’urbanisme, offrant des spectacles payants aux citoyens alors qu’il ne possède qu’un permis de salle de réunion, et non un permis de spectacle.

Avis d’infraction

En juin dernier, Daniel Webster, le directeur du centre culturel, reçoit une lettre l’informant de cette illégalité et se voit contraint d’annuler plusieurs concerts programmés au Main Hall. Selon le porte-parole de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal, Michel Tanguay, « la ville n’a fait que présenter la situation au propriétaire. Ce n’est pas elle qui a décidé que la salle fermait, elle n’avait déjà pas le droit de donner des spectacles. Les gens nous jettent le blâme sur le dos, mais au fond, c’était aux risques et périls du Main Hall de tenir des spectacles dans un endroit qui n’est pas autorisé par la ville, affirme-t-il. La ville de Montréal reconnaît la part de la salle dans le milieu culturel, mais il y a une réglementation sur le zonage que l’on doit suivre ».

En décembre dernier, la ville s’était opposée à la demande de permis de spectacle faite par la direction du Main Hall. En vertu de la réglementation dite de zonage datant de 1994, les salles situées au deuxième étage dans cet endroit précis de la ville n’ont pas le droit d’obtenir un permis de spectacle, à moins de l’avoir obtenu avant l’entrée en vigueur du nouveau règlement. Toutefois, la ville décide de laisser le dossier ouvert en cas de demande de projet particulier, en d’autres termes, une demande de dérogation. Insatisfait du déroulement des procédures, M. Webster demande, en mai 2007, que la salle fasse l’objet d’une étude préliminaire afin de déterminer si elle répond aux normes sur le bruit fixées par l’arrondissement. Dans le cas contraire, la demande de dérogation – très coûteuse – serait inutile. Or, au même moment, une plainte de bruit de la part du voisinage a été déposée contre le Main Hall auprès la ville.

Selon Daniel Webster, l’argument de zonage n’est pas de poids : « L’endroit est utilisé à des fins culturelles depuis 1991 et nous voulions faire cadeau à la ville de poursuivre la tradition. Cela fait trois ans que nous tentons d’obtenir le permis de spectacle et jusqu’à tout récemment, aucun citoyen ne s’y était opposé… » Par ailleurs, il affirme que plusieurs salles de spectacle à Montréal fonctionnent sans permis de spectacle. Selon lui, c’est plutôt la plainte de la part du voisinage qui aurait entraîné la ville à l’avertir.

D’après Catherine Leroux, ancienne barmaid du Green Room, bar situé au premier étage de l’édifice Mile-End, une plainte de bruit n’a pas sa place dans un quartier aussi achalandé : « Oui un bar ça fait du bruit, mais Saint-Laurent c’est Saint-Laurent. Si tu loues un appartement là-bas, il ne faut pas s’attendre à ce que ce soit tranquille, c’est la Main… »

2500 signatures

La fermeture de la salle a fait des remous dans le domaine musical de la métropole. Même si l’événement a été peu couvert par les médias, une pétition mise en circulation sur Internet pour tenter de sauver le centre Mile-End a recueilli près de 2500 signatures. Pour les artistes qui y jouaient, la fermeture représente une grande perte. Le prix pour donner un spectacle au Main Hall oscillait entre 200 $ et 300 $ la soirée : « C’est dégueulasse de voir comment la Ville soutient ses artistes. On ne trouve pas beaucoup de salles comme ça, à Montréal, qui permettent aux artistes émergents de se faire connaître à un prix aussi bas. Le Mile-End est une institution culturelle importante et il représente un immense support pour les artistes locaux qui n’ont pas les moyens de se faire connaître », déplore Jamie Rosen, bassiste du groupe de musique Percy Farm. C’est d’ailleurs au Main Hall que le groupe a donné son premier spectacle et a fait son premier lancement d’album.

Pour obtenir un permis de spectacle, la salle devra éventuellement déposer une demande de projet particulier qui sera examinée par le conseil d’arrondissement, qui évaluera ensuite si l’endroit présente les critères nécessaires. Cela risque de coûter une fortune selon M. Webster, qui estime les coûts de la procédure référendaire à plus de 50 000 $. Quant à la durée de cette procédure, elle pourrait facilement dépasser huit mois.

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