Lecture
par Marie-Michèle Giguère
Avec Hadassa, son second roman, Myriam Beaudoin nous fait découvrir la communauté juive hassidique de Montréal d’un point de vue privilégié.
Hadassa, c’est une petite fille de 11 ans, un peu brouillon, colérique, émotive…et attachante. Hadassa, c’est aussi ses seize camarades, leurs secrets, leurs désirs et leur quotidien. Alice, la narratrice, leur enseigne le français chaque après-midi. Tranquillement, elle apprend les traditions dans lesquelles baignent ses élèves, partagées entre leur plaisir de les dévoiler à leur professeur et la retenue qu’exige leur confession. «Je vais te dire juste quoi on peut», lui spécifie l’une d’elle à propos de la fête de Hanoukka.
Si Alice prend plaisir à plonger dans l’univers dans lequel vivent ses élèves, son intérêt envers elles est réciproque. Les plus jeunes surtout veulent comprendre la vie de cette femme qui obéit à des règles toutes autres – et beaucoup moins nombreuses – que les leurs : «Toi, tu fêtes Hanoukka?», «Pourquoi tu n’es pas juive, madame?», «Est-ce que tu habites près d’ici? Quoi tu fais le matin? Tu as des livres du public library? Comment s’appelle ton papa? Tes bottes sont nouveaux? Pourquoi tu ne coupes pas tes cheveux? Nous on a pas le droit d’avoir long comme ça.»
Se dessine en filigrane la rencontre de Deborah Zablotski – une Juive nouvellement mariée – et un épicier récemment immigré de Pologne. À leur plus grand effroi et vertige, chacun de leur côté découvre pour l’autre une troublante inclinaison… Si les rapports entre Alice et ses 17 élèves, malgré les contraintes nombreuses, sont source de petits ravissements; chaque rencontre entre Deborah et Jan, dans le petit commerce de celui-ci, sera troublante de par sa fulgurance et les innombrables tabous et interdits qu’elle transgresse.
Tout en contraste, Hadassa est un récit plus impressionniste qu’instructif. Tel une incursion auprès d’une communauté où le guide se réserverait de tout commentaire, le lecteur est appelé – à notre plus grand plaisir – à s’imprégner du noble spectacle qui défile sous ses yeux plutôt que d’en tirer quelque conclusion didactique.
Hadassa, c’est aussi un sobre hommage aux traditions et aux plaisirs d’hommes et de femmes que l’on côtoie sans connaître. Si le printemps nous avait offert le magnifique Leikhaim!, où la montréalaise Malka Zipora, Juive et mère de douze enfants, nous partageaient quelques petits éclats de son quotidien, l’automne nous a proposé un autre regard – celui d’une jeune francophone – sur cette même communauté.
Hadassa, Myriam Beaudoin, Leméac, 2006, 197 pages.
Lekhaim! Chroniques de la vie hassidique à Montréal, Malka Zipora, Les éditions du passage, 2006, 176 p.