« Affamés » de films québécois sur Netflix

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mercredi 7 février 2018
« Affamés » de films québécois sur Netflix
L'entente entre le distributeur américain et le gouvernement canadien a été révélée au public à l'automne 2017. (Photo: Pixabay.com | jgryntysz)
L'entente entre le distributeur américain et le gouvernement canadien a été révélée au public à l'automne 2017. (Photo: Pixabay.com | jgryntysz)
Rendu public la semaine dernière, le film les Affamés de Robin Aubert sera le premier film québécois à être distribué à l’international par Netflix, dans le cadre de l'entente avec Ottawa. Le premier film à prendre l’affiche sur la plateforme sera donc l’un des plus atypiques des productions de la province.

Netflix, depuis sa création, a beaucoup encouragé le cinéma de genre, que ce soit en produisant des films à gros budget comme Okja de Bong Joo-ho ou en ouvrant sa plateforme à des productions fauchées qui n’auraient jamais pu se payer une distribution convenable comme The Invitation de Karyn Kusama. En ce sens, voir Netflix ouvrir ses portes aux Affamés est un acte qui s’inscrit en continuité avec tout ce qu’on y propose depuis le début. Sur Netflix, ça devient évident, les amateurs sont au rendez-vous.

Cela dit, dans un contexte québécois, ce choix soulève plusieurs questions. En effet, puisque les films de genre sont pratiquement inexistants au sein des productions de la province, qui carburent aux comédies d’été et aux drames de festivals, on peut se demander à quel point Netflix saura promouvoir le cinéma d’ici. Bien que dans le sillon des « affamés », d’autres productions plus risquées pourraient arriver sur nos écrans, ce type de cinéma reste marginal et représente difficilement notre culture.

Le tout nous renvoie à la question du public ciblé par cette fameuse entente négociée par Patrimoine Canada. Les investissements de 500 millions de dollars de Netflix pour la production de contenu visent-ils à faire fleurir la culture canadienne et québécoise ou tout simplement à la rendre accessible au marché international? Sachant que les films comme les Affamés ne seront pas disponibles dans les bibliothèques virtuelles canadiennes avant 2019 pour laisser le temps aux distributeurs québécois de sortir le film par les circuits classiques, on peut se le demander.

Dans le cas du film de Robin Aubert, on a au moins droit à un film en français qui ne sera pas doublé et qui, par son écriture et sa mise en scène, transpire le Québec. Nous avons de la chance qu’il soit le premier porte-étendard officiel de notre culture sur le Netflix international. Par contre, on ne peut que prier pour que le prochain soit plus près d’un Nuit #1 que d’un Nitro 2.

Cette nouvelle, en fin de compte, ne fait que réaffirmer tout le malaise et l’incompréhension autour de ce partenariat signé par le gouvernement fédéral. Cela fut d’autant plus exacerbé par la sortie dans les médias, il y a quelques jours, du professeur Jean-Hugues Roy de l’UQAM qui s’est vu remettre des documents caviardés à 90 % en réponse à sa demande d’accès à l’information.

On ne pourra juger des répercussions de l’entente Netflix sur la production cinématographique canadienne et sur son rayonnement que d’ici un certain temps, mais une chose reste certaine : on n’a pas fini d’entendre la cassette de la ministre Joly.