Sexualité des aînés

Rencontre du troisième sexe

Hubert Rioux

Entre les défaillances érectiles, les corps désincarnés et un appétit sexuel diminué, la sexualité des aînés n’a pas la cote. Le sujet est peu abordé et lorsqu’il l’est, c’est avec un certain malaise. Pourtant, la sexualité, ce n’est pas la science du point G. C’est un pan primordial de la personnalité, chez les homos comme chez les hétéros. Peu d’intervenants en gériatrie abordent la question de front, faute de sensibilisation.



Trois personnes âgées en plus de dix ans de pratique, c’est le nombre de clients qui ont parlé de leur homosexualité à Julie (trentaine, nom fictif), travailleuse sociale dans le milieu hospitalier. C’est très peu étant donné qu’elle a rencontré une vingtaine de clients par mois depuis les huit dernières années. Elle dit pourtant ne pas avoir de réticences à aborder les questions d’ordre sexuel avec ses clients. « Si la personne n’a pas de problème cognitif, aborder le sujet de la sexualité n’est pas difficile. »

Julie est toutefois consciente que ce n’est pas le cas chez tous ses collègues. « Plusieurs intervenants n’osent pas affronter leurs propres tabous. Moi, ce sont les croyances religieuses qui me mettent mal à l’aise. »

Line Chamberland, professeure de sexologie à l’UQAM, abonde dans ce sens. Les intervenants omettent souvent d’aborder le sujet de la sexualité avec leurs clients. Selon elle, le milieu de la santé et des services sociaux n’est pas adapté pour favoriser l’épanouissement sexuel des personnes âgées. C’est le dur constat qu’elle a fait à la suite d’une recherche menée pour l’Université McGill à Montréal, Halifax et Vancouver. Le mandat confié visait à identifier des pistes pour adapter les services aux gais et lesbiennes âgés.

Génitale, la sexualité ?

Selon Christian-Paul Gaudet (52 ans), spécialiste en comportement humain à l’Institut de gériatrie de Montréal, les intervenants concluent faussement que la sexualité n’a pas d’importance chez les personnes âgées parce qu’elle vivent majoritairement seules. « En centre hospitalier comme en résidence, il y a beaucoup de souffrance découlant de ce silence face à la sexualité, constate-t-il. Je suis sûr que ça contribue à la détérioration des personnes, parce qu’on ignore leur vie affective, une partie importante d’eux. » Selon Mme Chamberland, les intervenants dressent des priorités pour répondre aux besoins de base de leur clientèle. Comme la sexualité est considérée d’ordre secondaire, elle est mise de côté. Pourtant, la sexualité n’est pas que génitale. « C’est la définition même de la personnalité, analyse-t-elle, et, par exemple, pour les gais et lesbiennes âgés, c’est le droit d’aborder sans crainte leurs souvenirs, d’afficher des photos de leur conjoint. »

Si la sexualité des personnes âgées est un sujet balayé du revers de la main, celui de l’homosexualité est tout simplement ignoré. « En gérontologie, les intervenants disent ne pas s’intéresser à l’homosexualité parce qu’ils ne s’intéressent pas à la sexualité, relate Mme Chamberland. Dans leur grille d’évaluation, la section portant sur la sexualité est toujours blanche, quelle que soit l’orientation sexuelle. »

Besoin de formation

En publiant Vieillir en étant soi-même, Mme Chamberland souhaite inclure de nouveaux pans dans la formation universitaire. Elle veut donner de nouveaux outils aux futurs intervenants afin qu’ils abordent la sexualité des personnes âgées et permettent à la clientèle gaie et lesbienne de s’afficher. « Je ne doute pas de la bonne foi des intervenants. Ceux rencontrés me disent être ouverts d’esprit et soutiennent que si une personne âgée leur parle de leur homosexualité, ils l’accepteront sans gêne. » Cependant, elle croit que les techniques d’intervention ne sont pas propices aux confidences. Les gais et lesbiennes ont donc en plus le lourd fardeau de briser le silence, alors que leur génération a déjà dû vivre sa sexualité dans l’illégalité une grande partie de leur vie.

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