Si l’homme pouvait se contenter de passer ses journées à dormir dans un hamac, il empoisonnerait moins la nature. C’est le propos de Johanna Autin, qui sensibilise son public sur l’empreinte environnementale dont est responsable l’être humain.
Regarder Johanna Autin à l’œuvre peut rappeler ces usines textiles des pays en développement. L’artiste occupe le poste de contremaître, et les hamacs qu’elle cherche à accumuler sont confectionnés par des inconnus. Son procédé artistique est particulier, son atelier n’a pas de lieu fixe, ses matériaux sont tous recyclés. Bien qu’il faille environ six mois pour la préparer, l’œuvre culmine en un seul après-midi, lors d’une manifestation éclair (flash mob). Entre 2 arbres, son projet actuel, est le fruit de contrastes.
« Je veux embarquer les gens dans l’idée de la forêt », confie l’artiste d’entrée de jeu. Pour les entraîner dans cet état d’esprit, Johanna Autin implique carrément le public dans le processus créatif. Tout débute par des annonces publiées dans les journaux de quartier et dans Internet. Elle invite des gens à fabriquer des hamacs à l’aide de machines à coudre, dans les ateliers de couture de centres communautaires. En fin de projet, une « sieste populaire » est projetée, avec l’installation des quelques 200 hamacs dans une forêt montréalaise. Une approche que l’artiste relie au land art, ce courant artistique de la fin des années 1960, où les œuvres sont créées à même la nature.
Dans une ambiance décontractée, les ateliers sont dirigés par l’artiste et un employé du centre communautaire. Ceux qui se présentent sur les lieux se sentent interpellés par le projet, par le désir d’apprendre des notions de base en couture ou pour se divertir. « Je participe régulièrement à des évènements tels que les journées de la culture ou la nuit blanche », confie Chloé Lefebvre, une étudiante de l’Université de Montréal présente au premier atelier. « Je n’étais pas au courant du projet de l’artiste, je croyais que l’on allait plutôt confectionner des hamacs tressés, mais j’aime bien le résultat », confie Colette Obre, rencontrée à l’atelier du Comité social Centre-Sud.
En bout de ligne, ce sont ces invités qui assurent la majeure partie du travail. L’artiste semble effacée, lorsque, passant de table en table, elle félicite les améliorations de ses collaborateurs. Elle confectionne des hamacs, elle ne touche pas beaucoup à son œuvre : pour peu, on jurerait qu’elle fait une apologie de la paresse. Cependant, quand on lui parle de son projet, on réalise que son matériau principal, ce sont les gens.
« Mon projet, c’est de faire le lien entre les gens et la nature. Le hamac évoque l’idée du lit, il représente l’ameublement minimum de l’être humain pour vivre », illustre Johanna Autin. Il s’agit aussi de rassembler des gens pour une activité commune, avoue l’artiste qui s’amuse en observant les interactions entre ceux qui se présentent aux ateliers.
Un autre aspect environnemental du projet réside dans l’origine des matériaux utilisés. Grâce à l’organisme Matériaux pour les arts de Montréal (MAM), Johanna Autin a accès à des rebuts industriels provenant de manufacturiers. « Pour l’instant, on n’a pas les moyens financiers d’ouvrir un entrepôt physique, on s’enligne donc vers le virtuel », explique Nadia Bini, directrice générale au MAM.
Le projet a un peu ralenti suite aux premiers ateliers du Comité social Centre-Sud. À ce jour 16 hamacs ont été complétés, et des annonces seront affichées en début d’années pour d’autres rendez-vous. En attendant, il est possible de faire la sieste dans un hamac à l’UQAM ou à l’Université Concordia.
Pour plus d’information, visiter le entre2arbres.projetexeko.com
Présentement à la maîtrise aux beaux arts à l’Université Concordia, Johanna Autin développe Entre 2 arbres dans la continuité de son cheminement artistique. Par le passé, elle a créé des personnages archétypes (la mariée, l’homme d’affaires, etc.) avec des sacs de plastique, dans une réflexion sur le suremballage. Elle a également tourné un court métrage avec des itinérants de Lyon. Des danseurs se présentaient en un lieu où se trouvaient des itinérants et elle filmait leur prestation. En répétant à quelques reprises cette initiative, les itinérants ont fini par se joindre au bal.