Moyens de pression au SCCCUM

Parfum de grèves

Roxane Léouzon

Les chargés de cours de l’Université de Montréal brandissent la menace d’une grève pour faire avancer des négociations qui stagnent depuis sept mois. Après des moyens de pression « légers » [voir encadré] n’ayant mené à rien, ces derniers sont maintenant déterminés à faire valoir leurs revendications.



Les chargés de cours ont voté à 71 % en faveur du déclenchement de moyens de pression pouvant aller jusqu’à la grève générale illimitée, le dimanche 31 janvier dernier. Lors de cette assemblée générale extraordinaire du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’Université de Montréal (SCCCUM), la centaine de membres présents ont discuté des mesures à prendre afin de faire débloquer les négociations avec la direction. Les 2433 chargés de cours sont dépourvus de convention collective depuis le 31 août 2009.

Francis Lagacé (53 ans), président du SCCCUM, espère que la menace d’une grève poussera la direction à négocier de bonne foi. « Sinon, on ne va pas tarder à la déclencher. Ce que l’on veut, ce n’est pas la grève, c’est que l’Université considère nos revendications.  » Leurs revendications principales sont notamment la limitation de la taille des groupes-cours et un rattrapage salarial, l’écart entre chargés de cours et professeurs se chiffrant à 7,7 %. De plus, selon M. Lagacé, la moyenne salariale dans la majorité des universités est de 8000 $ par charge de cours, alors qu’elle est de 7500 $ à l’Université de Montréal.

Entente difficile

Lors des 14 rencontres de négociations, qui ont débuté le 2 juillet 2009, toutes leurs revendications ont été refusées par la direction, qui n’a par ailleurs formulé aucune offre salariale. « La direction, selon M. Lagacé, n’a rien proposé par rapport à nos demandes. Elle est intraitable sur la question des groupes-cours, un important irritant pour nos membres qui souhaitent des changements à ce sujet depuis déjà deux conventions collectives. »

M. Lagacé considère que la direction fait de la procrastination et n’a pas la volonté de régler les négociations. Le 18 janvier, la partie patronale ne s’est même pas présentée à la table, alors qu’une rencontre était prévue : « Ils ne font pas le travail qu’ils devraient faire. Nous demandons des textes, des contre-propositions, mais ils trainent. » Luc Granger (65 ans), vicerecteur adjoint aux affaires professorales et porte-parole de la direction pour ce dossier, reconnaît que la table de négociations est présentement dysfonctionnelle. « Nous souhaitons à négocier de façon concrète. Les chargés de cours déplorent notre attitude, mais nous déplorons la leur », affirme M. Granger, qui souhaiterait que ces derniers soient plus ouverts à la discussion. « C’est pour ça qu’on a demandé la conciliation. Nous espérons qu’elle va ramener les deux parties à des négociations constructives.  »

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Au Cocktail du recteur, les chargés de cours se sont transformés en chorale le temps d’une chanson
PHOTO : GRACIEUSETÉ SCCCUM

À la mi-janvier, la direction a en effet déposé une demande de conciliation au ministère du Travail. Dans un communiqué publié le 31 janvier, le SCCCUM se dit prêt à lui donner une chance. Ses membres sont cependant conscients que « le conciliateur ne peut forcer une partie à avancer dans la négociation ». Selon Francis Lagacé, les habitudes de la direction ne laissent présager rien de bon : « Les professeurs ont un conciliateur et leurs négociations n’ont pas bougé. »

Grèves en série ?

La menace de grève qui plane sur l’Université ne provient pas seulement des chargés de cours. Du côté du Syndicat général des professeurs et professeures de l’Université de Montréal (SGPUM), en négociations depuis octobre 2008, les discours sont semblables. On revendique également la baisse du ratio étudiants- professeurs, qui est l’un des pires au Québec, selon le vice-président du SGPUM, Samir Saul (âge : intemporel). « La direction a d’autres priorités que la mission universitaire », rajoute-t-il. « Le 15 décembre 2009, le conseil syndical a décidé que, dans l’éventualité où la contre-proposition du SGPUM ferait l’objet d’une fin de non-recevoir, il envisagerait le recours à la grève. » Le SCCCUM et SGPUM se sont fixés le 15 février comme date butoir pour régler leurs négociations.

Selon Luc Granger, il est aussi important pour la direction de régler les négociations avec les chargés de cours qu’avec les professeurs. Quant aux possibilités de grève, il ajoute : « Notre préoccupation est que le trimestre soit le moins possible ou pas du tout perturbé. Nous espérons que les étudiants pourront poursuivre leur trimestre normalement. » En effet, une grève risque d’avoir un impact sur la majorité des étudiants, car les chargés de cours dispensent 50 % des cours de premier cycle, en excluant la Faculté de médecine.

ON NE PASSE PAS DE SAPIN AUX CHARGÉS DE COURS

Jusqu’à présent, les chargés de cours ont utilisé des moyens de pression « légers » auprès de la direction. Par exemple, au cours de l’assemblée universitaire du lundi 14 décembre dernier, un père Noël a visité le recteur pour lui offrir en cadeau un réveille-matin. Par la suite, à l’occasion du Cocktail du recteur, les chargés de cours lui ont chanté « Mon beau recteur », une adaptation de la chanson « Mon beau sapin », en plus de lui remettre un sapin de Noël orné de leurs revendications. À l’occasion du Salon des études, ces derniers ont également organisé une manifestation devant le pavillon Jean-Brillant. Mais maintenant, les chargés de cours ont assez attendu. « Si la direction fait preuve de sagesse, le mandat de grève la poussera à négocier pour vrai. Sinon, c’est qu’elle a envie d’en avoir une ! », s’exclame M. Lagacé.

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