Lecture : Ça commence par la fin : chronique littéraire en vrai papier

Le bon vieux temps

Samuel Mercier

Faire le portrait de son époque est difficile. Voire « trop ambitieux, nécessairement décevant et incomplet ». C’est pourtant le mandat que s’est donné Nicolas Lévesque dans son livre (…) Teen Spirit paru récemment aux Nouveaux essais Spirale.

Dès la première partie, l’auteur avoue son optimisme quant à la suite du monde. Vous êtes sceptiques  ? Moi aussi. Cependant, Nicolas Lévesque est loin de vanter l’attitude « hop-la vie » d’une psychopop qui ferait de nous des « gagnants » ou des « leaders positifs ». Celui-ci attaque plutôt de front les travers de notre époque en consacrant sa deuxième partie à ce qu’il nomme « l’esprit d’adolescent ».

L’obsession de l’image, la recherche d’identité, l’humour comme fonction ou le devoir d’humour sont quelques-uns des symptômes étudiés. Et le diagnostic dans tout ça ? Le modèle de notre époque a 14 ans (avec ou sans poils). Le trouble psychiatrique  ? Notre époque est borderline. Qui (ou quoi) a upgradé Dieu ? La télé.

Rien à signaler

Cette deuxième partie m’a laissé une vague impression de déjà-vu, les concepts psychanalytiques en moins. L’idée que nous vivons dans une ère de l’image, de l’instantané, de l’adolescence n’a en effet rien de nouveau. À la limite, on pourrait parler de lieu commun.

Malgré un style accrocheur, l’essai de Nicolas Lévesque ne m’a pas semblé en mesure de dépasser ce stade. Facilitateur, il appuie son difficile propos de métaphores colorées. Sur le matérialisme délogeant la vie de l’esprit, il écrira qu’on « a jeté le bébé avec l’eau bénite » et qu’à force de rêver notre vie à travers un écran « nous sommes Dumbo l’éléphant ». J’ai parfois eu l’impression d’avoir devant mes yeux la retranscription d’une conversation de comptoir à la Taverne Jarry en plus sophistiqué :

« Les (plus ou moins) jeunes sont aujourd’hui très souvent pris dans les rets de la fuite massive d’une solitude pourtant essentielle. – Ça tu l’as dit ! Envoye une autre grosse 50, mon Steve… »

Bon, je rigole, mais le tout reste trop souvent au niveau de l’impression et manque d’assises. N’empêche, l’aboutissement de cette réflexion n’en est pas moins intéressant et l’essai gagne en saveur avec la dernière partie.

La dépression utile

Dans cette partie, l’auteur s’intéresse à la conception que nous avons de la dépression. Il nous propose de se tourner vers le potentiel créateur de celle-ci, comme s’il s’agissait d’un stade nécessaire à la maturation de nos sociétés adolescentes. L’auteur suggère ainsi d’accepter une part de folie (limitée) plutôt que de la tenir à distance à grands coups de médicaments.

Nicolas Lévesque est psychologue, ce n’est sans doute pas un hasard si ces dernières pages de l’essai sont les mieux réussies de l’ensemble. Il l’écrit d’ailleurs : « L’écrivain en moi aide beaucoup le psy que je suis. Parfois, c’est l’inverse. » On cherche encore le sociologue, mais le psy est là. L’écrivain aussi.

(…) Teen Spirit : Essai sur notre époque, Nicolas Lévesque, Québec, Éditions Nota Bene, coll. Nouveaux essais Spirale, 147 p.

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