Fromage : Chronique fromage

Le Bleu d’Élizabeth

Jean-Pascal De La France

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Je commets parfois la visite du Centre-du-Québec pour y voir mon père (57 ans). Cela se produit surtout lorsqu’il y a des morts (∞). Et c’est à la suite des funérailles que mon père met le Bleu d’Élizabeth sur la table. Je vous assure, on ne pleure pas nécessairement les morts.

Lorsque le fromage se cogne contre notre palet, on voit le funambule, en équilibre entre le sucre et le sel. Et sous sa pâte persillée, un goût de crème, une texture semi-ferme. Les arômes de moisissure ne persistent pas trop, échappant à ces bleus qui donnent une impression métallique. Il est au lait de vache thermisé : on touche presque au lait cru. Puis il est biologique. J’en oublie le mort.

Le lendemain, mon père m’amène à la Fromagerie du presbytère, à Sainte-Élizabethde- Warwick (122 ans), loin des sons et de la fureur. Une femme enceinte, dans la trentaine probablement, peint la galerie en salopette. Ça sent le foin.

Dans le presbytère restauré, l’odeur des fleurs séchées et du bois. Puis il y a Élizabeth 1re, reine des Bleus, qui y trône. On peut l’avoir pour 35 $ le kilo.

De retour à Montréal, j’arrive à une fête d’amis avec Sa Majesté. Un jeune homme (26 ans) dit : « Non, merci. Je n’aime pas le bleu. » Je lui réponds : « Mange-le sur un pain et bois un peu de vin avec. » Il mange, il boit, il dit : « Maintenant j’aime le bleu. »

Maintenant aimez le bleu.

Et si vous voulez le cuisiner, réservez à d’autres bleus les flammes de l’enfer, car celui-ci est le paradis sur terre.

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