Pascal, 26 ans, m’a écrit un message la nuit dernière : « Les États généraux du cinéma d’animation québécois, ça ressemble à quoi ? Écris donc quelque chose là-dessus, on dirait qu’il n’y a rien. » À 5 h 30 du matin, ce n’était pas dans mes projets, mais comme j’étais réveillée, j’ai allumé la télévision et syntonisé Télétoon. Il n’y avait rien avant 6 h. J’ai attendu. À 6 h, il y avait Les Pierrafeu. À 6 h 30, Inspecteur Gadget. À 7 h, quand Astrorobot a commencé, j’ai éteint la télévision. J’ai rayé Télétoon. Et j’ai écrit en gros sur un post-it : « Trouver cinéma d’animation expérimental, trouver le cinéma d’animation d’auteur au Québec et acheter du beurre de peanut ».
Plus tôt, j’ai croisé un ami qui étudie en cinéma (22 ans). « Qu’est-ce qui se passe en cinéma d’animation ? » Accent circonflexe dans le front, il avait l’air un peu perturbé par la question. Il m’a répondu : « Je sais qu’il y a un programme de cinéma d’animation à Concordia, disons plus expérimental. Le cégep du Vieux-Montréal forme aussi des gens, mais c’est du 3D un peu plus commercial. Pis sinon, il y a des écoles privées qui font des choses plus commerciales. » Je lui ai demandé si c’était tout. Toujours l’air perplexe, il m’a répondu par une question : « Qu’estce que tu cherches ? » J’ai répondu que je cherchais le cinéma d’animation. « Ah… euh… l’ONF fait des trucs cool si c’est ça que tu cherches », conclut-il. J’écris sur mon post-it : « ONF ».
Cette nuit, une idée de génie m’a traversé l’esprit : la bibliothèque. On trouve toutes nos réponses à la bibliothèque.
J’ai trouvé un livre qui s’appelle Histoire du cinéma d’animation au Québec (Mira Falardeau, 2006). Spasme de joie. Je me disais : « Ça achève, la réponse est là-dedans. » Comme pour n’importe quel livre, je me suis dépêchée d’aller lire la fin, le punch, la chute, pour savoir, enfin, où se trouve le cinéma d’animation au Québec. Je me précipite sur la dernière phrase : « Si, dans les années à venir, on continue de créer de l’emploi pour des animateurs qui ne font que copier les dessins des autres ou reproduire l’idéologie et les valeurs de leurs commanditaires, le talent et l’expertise du Québec en animation vont s’user pour n’être plus qu’un souvenir d’un âge d’or révolu. » Je suis sortie de la bibliothèque complètement déprimée. En plus, j’avais encore un courriel de Pascal : « Alors le cinéma d’animation ? » J’ai répondu, succinctement : « problèmes structurels » et je suis allée louer L’homme qui plantait des arbres.
Je suis allée voir dans Internet. C’est le service d’animation de Radio-Canada qui a produit l’adaptation de la nouvelle de Jean Giono, L’homme qui plantait des arbres, le superbe film de Frédéric Back (86 ans). Avec la grosse voix de Philippe Noiret (que son âme repose en paix). En 1989, le service d’animation de Radio-Canada a fermé.
Il faut que j’aille voir ce qu’ils font à l’ONF (71 ans). Je dors et ensuite j’y vais.
Ce midi, j’ai discuté avec Julie Roy (37 ans), productrice à l’ONF. Elle parlait de plusieurs évènements et films d’animation qui l’emballaient pour 2010. En particulier Mamori, un court-métrage qu’elle produit. Le film est présenté au Musée d’art contemporain depuis quelques jours. Elle m’expliquait que « c’est à mi-chemin entre le cinéma et l’art ». C’est un hybride entre la musique de Francisco Lopez et des images de la végétation de la forêt amazonienne créée par Karl Lemieux. Julie Roy m’a aussi annoncé que tout le monde pouvait désormais télécharger et regarder en 3D des films d’animation, entre autres, sur onf.ca. Animée par le contagieux enthousiasme de la productrice, j’ai foncé me procurer des lunettes magiques gratuites pour regarder des films chez moi, version IMAX.
J’ai téléphoné à Pascal : « On peut voir des films d’animation en 3D chez soi !!! » « Ça avance ton enquête sur le cinéma d’animation ? », m’a-t-il répondu. Ahurie, j’ai répété : « Bin oui, je viens de te dire qu’on peut regarder des films d’animation gratuitement avec les lunettes ! » Pascal ne semblait pas comprendre : « C’est quoi le rapport avec le cinéma d’animation ? » Je ne savais pas quoi répondre. En fait, il n’y en a pas vraiment.
J’ai rêvé que je dansais avec Norman McLaren
Je ne sais plus trop quoi penser. Le cinéma d’animation au Québec, je croyais que c’était comme le couscous pour les Marocains ou le rock’n roll pour Liverpool. Mais il semble que non. J’ai pris le numéro spécial sur le cinéma d’animation dans de la revue Nouvelles « vues » sur le cinéma québécois (2009). Marcel Jean (pas trop vieux) y expliquait que partout au monde, la recherche en animation se fait essentiellement sur la création d’images numériques. À ce propos, Ryan est une des exceptions de court-métrage de l’ONF qui intègre de nouvelles techniques, comme celle de prises de vue réelles. À part ce genre d’exception, l’ONF semble tourner autour des mêmes vieux procédés, toujours selon lui. Après avoir lu l’article, je suis allée revoir l’hallucinant Ryan, de Chris Landreth. Inspirée, j’ai couru à l’épicerie du coin. J’y ai acheté un pot de beurre de peanut.